Distribution des médicaments : les limites du modèle marocain
Le maillon de la distribution en gros
Un modèle économique fragile
- Des niveaux de rentabilité financière des grossistes-répartiteurs en baisse continue (1,3% en 2016 vs 0,9% en 2024).
Évolution des indicateurs financiers entre 2016-2024 (en MMDH)
Année |
2016 |
2017 |
2018 |
2019 |
2020 |
2021 |
2022 |
2023 |
2024 |
Chiffre d'affaires |
9,68 |
9,98 |
10,57 |
11,33 |
11,98 |
12,95 |
13,82 |
14,61 |
16,26 |
Résultat net global |
0,13 |
0,07 |
0,10 |
0,08 |
0,10 |
0,09 |
0,09 |
0,09 |
0,15 |
Source : Etabli par le Conseil de la concurrence à partir des données fournies par la DGI
Mode de rémunération
- Marges décorrélées des coûts réels (carburant, salaires du personnel, etc.), dans un contexte marqué par une augmentation des charges.
- Croissance des charges d'exploitation (+36 % entre 2020 et 2024).
- Réduction mécanique des marges → amplifiée par les baisses successives des prix (85 % des révisions ont concerné la T1 qui représente ≈82% du Chiffre d'affaires).
Le maillon de la distribution au détail (pharmacies d’officine)
Une offre officinale trop dense, entraînant une fragmentation du marché
Densité pharmaceutique
Année |
Population |
Pharmacies |
Ratio hab/pharmacie |
2015 |
33 848 242 |
9 185 |
3 701 |
2024 |
36 828 330 |
14 134 |
2 605 |
Comparaison du Ratio habitants/pharmacie par pays (Benchmark) :
Maroc |
France |
Espagne |
Tunisie |
Allemagne |
Royaume-Uni |
Pays-Bas |
2 605 |
2 850 |
2 100 |
3 400 |
3 950 |
4 850 |
8 400 |
- Densité pharmaceutique élevée
- Environ 2 fois supérieure à la recommandation de l'OMS (1 pharmacie pour 5 000 habitants).
- Un rythme d'ouverture des officines 6,5 fois plus rapide que la croissance démographique (+54 % de croissance en 9 ans, de 9185 pharmacies en 2015 à 14 134 en 2024).
- Densité de pharmacies plus élevée que dans plusieurs pays comparables.
- Cette situation soulève des enjeux majeurs :
- Viabilité économique des officines, fragilisée par la concurrence et la saturation.
- Inégalités de répartition géographique, avec une concentration urbaine et un désert pharmaceutique dans certaines zones rurales : 45 % se concentrent dans l'axe Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra.
➜ Accès aux traitements, mais équilibre économique fragilisé
Mode de rémunération
- Modèle entièrement corrélé au prix du médicament : Plus les prix des médicaments baissent, plus les recettes des pharmacies se réduisent.
- Concentration de 85 % des baisses sur la T1 (médicaments à faible prix) → rend le modèle économique des officines fortement dépendant des volumes de vente et accentue leur vulnérabilité.
Répartition du marché privé du médicament par tranche de prix en 2024 (en volume et en valeur)
Tranche |
En volume |
En valeur |
Tranche 4 |
0,04% |
8% |
Tranche 3 |
0,10% |
1,80% |
Tranche 2 |
1,20% |
10,00% |
Tranche 1 |
98,80% |
80,30% |
Source : Etabli par le Conseil de la concurrence à partir des données des acteurs concernés
Les officines se basent essentiellement sur la dispensation de médicaments à faible prix, soumis à des marges dégressives → fragilité économique accrue surtout avec les baisses successives des prix.
Modèle officinal sous pression, atteint ses limites
- Rentabilité en baisse : ratio (RP/CA) passant de 10,3% en 2016 à 8,9% en 2024.
- Mode de rémunération indexé sur le PFHT.
- Sur densité de l'offre officinale entraînant une fragmentation du marché, une baisse du chiffre d'affaires moyen et un recul de la rentabilité.
- Modes de détention et d'exploitation limitant la structuration de la gestion.
- Consommation pharmaceutique encore limitée, malgré l'élargissement de la couverture AMO.
- Concurrence et pratiques dispensation des cliniques.
Évolution du Chiffre d'affaires et des revenus professionnels des pharmacies entre 2016 et 2024 (En MMDH)
Indicateur |
2016 |
2017 |
2018 |
2019 |
2020 |
2021 |
2022 |
2023 |
2024 |
Chiffre d'affaires |
11,12 |
11,00 |
11,42 |
12,03 |
12,39 |
12,16 |
12,28 |
12,37 |
13,53 |
Revenus professionnels |
1,16 |
1,07 |
0,95 |
1,00 |
1,07 |
1,11 |
1,10 |
1,13 |
1,21 |
Source : Etabli par le Conseil de la concurrence à partir des données fournies par la DGI