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n°513.Affaire Raissouni: ce qu’il faut retenir à ce stade au-delà de la polémique stérile

05.09.2019 à 15 H 53 • Mis à jour le 05.09.2019 à 17 H 52
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Le cas de la journaliste Hajar Raissouni, poursuivie en état de détention préventive, accusée de « relations sexuelles hors mariage », « d’avortement clandestin », « d’usurpation d’identité » et de « déclarations mensongères », suscite une vive polémique sur les réseaux sociaux. Le Desk est violemment pris à parti pour avoir détaillé l’acte d’accusation, alors que l’essentiel du débat de fond, que nous avons pourtant ouvert, est oblitéré

La journaliste d’Akhbar Al Yaoum, Hajar Raissouni, est maintenue en détention préventive après son arrestation le 30 août à l’extérieur d’une clinique privée à Rabat.


Elle est accusée de « relations sexuelles hors mariage », « d’avortement clandestin », « d’usurpation d’identité » et de « déclarations mensongères ».

 

D’autres accusés, le médecin gynécologue-obstétricien, son assistant, sa secrétaire et le compagnon de Hajar Raissouni, sont aussi poursuivis et privés de leur liberté.


Les circonstances de l’arrestation de la journaliste sont sujet à caution et interrogent sur ses motivations réelles. Si la police avance dans son rapport avoir reçu « des informations préalables » sur le fait que des avortements clandestins étaient « régulièrement pratiqués » dans cette clinique privée de Rabat et qu’une « surveillance » des lieux avait été autorisée par le parquet, la flagrance dans le cas Raissouni n’est pas pour autant établie au regard de la loi.


Dans sa déposition, le gynécologue dément par ailleurs avoir pratiqué sur la principale accusée une intervention volontaire de grossesse (IVG), et explique qu’il a agi pour stopper une hémorragie interne.


L’enquête de police a réuni un faisceau de « preuves matérielles » pour asseoir son accusation et a diligenté un contre-examen médical effectué par le CHU Ibn Sina de Rabat.


Deux documents ont été produits le 31 août par le CHU de Rabat dans ce sens.


Le premier, rendu public par la défense de Hajar Raissouni, est un « bulletin de consultation ». Celui-ci stipule, « selon les dires de la patiente », de la présence d’une grossesse « avortée à sept semaines d’aménorrhée ». Il ajoute que celle-ci a été précédée d’un autre « avortement tardif ».


Le même document constate l’absence de trace de pince de Pozzi (ou tenaculum) pour atteindre la cavité utérine. Ce à quoi la défense de l’accusée a conclu à une absence d’avortement. Les déclarations de Hajar Raissouni ayant été, selon sa défense, extrapolés de l’acte d’accusation.


Un second document de six pages a été versé au dossier dont la défense dispose d’une copie et que Le Desk a pu consulter par ailleurs. Il s’agit d’un « certificat » établi par le professeur en charge du service gynécologique-obstétrique du CHU Ibn Sina, doublé d’un « compte-rendu » du laboratoire central de biochimie du même CHU.


Il reprend les déclarations attribuées à Hajar Raissouni et après examens somatique, gynécologique et échographique, et sur la base du « compte-rendu » du laboratoire de biochimie, il conclut en « résultat » à un test de grossesse (hormone HCG) positif.


Selon l’accusation, ce résultat sert à contredire la défense de Hajar Raissouni au titre des chefs d’inculpation cités plus haut. Or, le contre-examen médical, bien qu’il atteste d’une intervention chirurgicale ayant servi à « collecter du matériel intra-cavitaire » et que la grossesse a été établie, le délit d’avortement clandestin (en flagrance, de surcroît) qui justifierait principalement de l’incarcération des prévenus, ne peut valablement en être déduit sur la seule base de ce « certificat ».


Ce sera évidemment à la justice d’en statuer sur le fondement de tous les éléments en sa possession.


Reste l’essentiel, au-delà des conjectures sur les expertises médico-légales qui éloignent du débat. L’évidence dans ce dossier porté en place publique est que cette journaliste a été manifestement ciblée (lire notre article à ce sujet) et ses liens d’entourage (le média dans lequel elle exerce, son appartenance familiale, etc.) ont été surlignés par ses contradicteurs dans un objectif politique. Si certains médias, dont Le Desk, en font état, autant que l’acte d’accusation, dans un souci de rapporter les faits et de les contextualiser, cela ne doit pas être confondu avec cet objectif.


Aussi, la polémique charriée sur les réseaux sociaux, notamment contre Le Desk, confondant bien souvent les règles régissant le respect dû à la vie privée et celles encadrant le droit à l’information, oblitère le nécessaire débat de fond. Cette affaire renseigne avant tout sur le couple infernal composé d’une part par l’hypocrisie sociale sur les questions de libertés individuelles et des droits fondamentaux des personnes, et d’autre part la répression aveugle et la justice d’abattage qui se sert des lois coercitives en la matière à des desseins de vengeance politique.


En s’attaquant à la presse qui recherche la seule vérité, l’assimilant faussement aux vecteurs de propagande de l’Etat, ceux qui assurent s’exprimer en défense de la règle de droit et de l’idéal démocratique se trompent de combat, au risque d’être inaudibles sur le caractère rétrograde des textes législatifs régentant les libertés et de leur usage orienté.

Par Ali Amar @MarocAmar
Le Desk En clair