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n°554.Au Maroc, pour Oxfam, le sexisme participe au mal-développement

20.01.2020 à 04 H 38 • Mis à jour le 20.01.2020 à 04 H 49
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Les 22 hommes les plus riches du monde ont plus de richesses que les 325 millions de femmes en Afrique, a révélé Oxfam aujourd'hui à la veille du Forum économique mondial de Davos. Un nouveau rapport illustre comment l'inégalité continue d'exister au niveau de la crise, la richesse étant valorisée par rapport au travail et la contribution des femmes sous-récompensée

A la veille du Forum économique mondial (FEM) de Davos, en Suisse, Oxfam révèle dans son dernier rapport annuel sur les inégalités mondiales que les 2 153 milliardaires du monde se partagent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, qui comptent pour 60 % de la population de la planète.


Le rapport « Celles qui comptent » d’Oxfam montre comment notre modèle économique sexiste exacerbe les inégalités en mettant des richesses considérables entre les mains d’une élite fortunée, aux dépens des personnes ordinaires, en particulier les femmes et les filles pauvres :


–  Les 22 hommes les plus fortunés au monde possèdent plus que l’ensemble de la population féminine de l’Afrique.


–  Les 1 % les plus riches possèdent plus de deux fois les richesses de 6,9 milliards de personnes.


–  Les femmes et les filles assument chaque jour l’équivalent de 12,5 milliards d’heures de travail de soin non rémunéré, un travail dont la valeur serait d’au moins 10 800 milliards de dollars chaque année, soit plus de trois fois la valeur du secteur des technologies à l’échelle mondiale.


–  Une imposition de 0,5 % supplémentaire sur la fortune des 1 % les plus riches sur une période de 10 ans permettrait de percevoir autant que les investissements requis pour créer 117 millions d’emplois dans des secteurs comme l’éducation, la santé, l’accompagnement des seniors et la garde des enfants.



Selon Abdeljalil Laroussi, Responsable de Plaidoyer et Campagne à Oxfam au Maroc : « Il est impossible de combler le fossé entre les riches et les pauvres sans adopter des politiques visant expressément à lutter contre les inégalités, et trop peu de gouvernements mettent en œuvre de telles politiques ».


Au Maroc, au cours des vingt dernières années, la croissance a été dynamique, et le pays a affiché un succès certain dans la réduction de la pauvreté qui se situe aujourd’hui en dessous de 5 %.


Mais les résultats seraient d’autant plus positifs dans un contexte de réduction des inégalités. En fait, ni la croissance continue ni la réduction de la pauvreté n’ont été accompagnées par une baisse des inégalités. Le Maroc est classé 143e sur 153 pays par rapport à l’indice mondial de disparité entre les sexes selon le rapport du Forum Economique mondial 2020.


Le Maroc reste le pays le plus inégalitaire du Nord de l’Afrique et dans la moitié la plus inégalitaire des pays de la planète. L’année dernière, Oxfam a montré qu’il faudrait 154 ans à une personne salariée au SMIG pour gagner ce que reçoit en 12 mois l’un des milliardaires du Maroc. Ce rapport de 2019 rappelait aussi qu’un·e Marocain·e sur huit est en situation de vulnérabilité, c’est-à-dire susceptible de basculer dans la pauvreté à tout moment.


Abdeljalil Laroussi, confirme « Ces inégalités n’ont rien de naturel mais sont le résultat des choix politiques et d’un modèle de développement injuste et sexiste ».


Un modèle qui a été remis en cause par le Roi après son discours au Parlement en octobre 2018 ce qui a permis de lancer le débat et la réflexion autour du modèle de développement du Maroc, attestant de fait de ses limites marquées par une prédominance de l’économie de rente et le recours à des pratiques exclusives et non transparentes.


Les femmes réalisent plus des trois quarts du travail non rémunéré dans le monde. Leur charge de travail de soin les conduit souvent à réduire leur nombre d’heures de travail ou à quitter leur emploi rémunéré. Dans le monde, 42 % des femmes en âge de travailler n’occupent pas d’emploi rémunéré (contre 6 % des hommes) du fait de leurs responsabilités en matière de travail de soin non rémunéré. De plus, les femmes représentent deux tiers de la main-d’œuvre assurant un travail de soin rémunéré. Les emplois de puéricultrice, de travailleuse domestique et d’aide-soignante sont souvent mal payés, offrent peu d’avantages sociaux, imposent des horaires irréguliers et peuvent avoir un fort impact physique et émotionnel.


Les femmes et les filles sont parmi les personnes qui profitent le moins du système économique actuel. Elles passent des milliards d’heures à s’occuper des repas, du nettoyage, de la garde des enfants et de l’accompagnement des personnes âgées. Le travail de soin non rémunéré est le moteur caché qui fait tourner nos économies, nos entreprises et nos sociétés. Il est principalement réalisé par des femmes qui manquent souvent de temps pour s’instruire, gagner un salaire décent ou participer à la gestion de la société, et qui sont donc piégées au bas de l’échelle économique.



« Même si les normes sociales sont en transformation continue, les normes patriarcales prévalent toujours dans les perceptions des rapports sociaux de genre et favorisent les inégalités et les violences envers les femmes et les filles, dans le cadre conjugal et familial comme dans l’espace public, le phénomène des « petites bonnes » et les inégalités femmes-hommes sur le marché du travail en sont des parfaites illustrations », ajoute Mounia Semlali Responsable de Programme Justice de Genre à Oxfam au Maroc.


Pour Abdeljalil Laroussi : « Les gouvernements sont à l’origine de la crise des inégalités, ils doivent agir de toute urgence pour y mettre fin. Ils doivent veiller à ce que les grandes entreprises et les particuliers fortunés s’acquittent de leur juste part d’impôts, tout en investissant davantage dans les services publics et les infrastructures pour réduire la charge de travail des femmes et des filles. Des investissements dans l’eau et l’assainissement, l’électricité, les soins aux enfants et les soins de santé permettraient de faire gagner du temps aux femmes et d’améliorer leur qualité de vie ».


Oxfam au Maroc souhaite à nouveau mettre en lumière les inégalités au Maroc ainsi que sur les normes sociales qui les alimentent et les violences dont les femmes et les filles y sont les premières victimes. Oxfam réaffirme que seul un modèle de développement juste, égalitaire et inclusif pourrait répondre aux attentes sociales et réduire le fossé des injustices. La lutte contre les inégalités et la pauvreté doit être au cœur de la réflexion de la commission mandatée pour la révision du modèle de développement ainsi que l’ensemble des actions de politiques publiques au Maroc et amener le gouvernement à adopter les mesures prioritaires suivantes :


1- Développer un plan national contre les inégalités


–  Adopter un objectif ambitieux et quantifié de réduction des inégalités à l’horizon 2030 dans le cadre des objectifs de développement durable.

–  Produire des données statistiques mises à jour régulièrement et disponibles publiquement sur la disparité des revenus et la concentration de la richesse.

–  Prendre des mesures urgentes et concrètes pour corriger les disparités régionales, les inégalités de genre et améliorer la gouvernance à tous les niveaux.

–  Lancer un plan de formalisation de l’activité économique.


2- Adopter une politique fiscale juste et ferme dans la lutte contre l’évasion et la fraude fiscale qui contribue à réduire les inégalités.

Par La rédaction
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