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n°1136.Azilal : comment le programme Al Moutmir booste la filière oléicole

25.11.2025 à 14 H 37 • Mis à jour le 25.11.2025 à 17 H 53 • Temps de lecture : 6 minutes
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Dans la province d’Azilal, le programme Al Moutmir s’est mis au service de l’oléiculture, l’une des principales activités agricoles de la région. Après des années d’efforts, les résultats sont là, avec un gain de productivité dépassant les 30%. Le Desk s’est rendu dans l’une des plateformes de démonstration de ce programme, dans la commune rurale de Bni Hassane. Reportage

Bni Hassane, commune rurale de la province d’Azilal comptant 12 390 habitants, répartis sur plusieurs douars, tire l’essentiel de ses revenus de l’agriculture. Principalement de la culture de l’olivier, devant celle de l’amandier, qui a souffert des années consécutives de sécheresse, et de quelques cultures vivrières et de petits élevages.


Pour rallier cette localité depuis la ville d’Azilal, il faut disposer d’un véhicule solide et de nerfs qui le sont tout autant, indispensables pour parcourir des routes à peine carrossables et supporter les multiples virages en pleine montagne. Et aussi pouvoir supporter un froid glacial sur d’immenses étendues que le soleil automnal tarde à balayer une bonne partie de la matinée.


La revanche des Boudaoud

Les Boudaoud sont originaires de Foum Jemâa, l’un des douars composant la commune de Bni Hassane. À son décès, le patriarche n’a laissé que peu de chose comme héritage. Son fils Abdelaziz, directeur d’école à la retraite, a depuis acheté une première parcelle de terrain puis une deuxième et une troisième. C’est ainsi que naît la ferme bien nommée « Miftah El Kheir », où a pris en place en 2015 une plantation d’oliviers.


« Retraité, je ne m’imaginais pas terminer mes jours attablé dans un café », nous confie Abdelaziz Boudaoud. Pour ce père de cinq enfants, dont trois filles aujourd’hui ingénieures, revenir à la terre de ses ancêtres et renouer avec leur activité avait des allures de revanche. Au fil des ans, la ferme des Boudaoud est devenue une sorte de lieu de pèlerinage pour toute la famille. Et en plus des oliviers, elle accueille diverses autres cultures pour les besoins domestiques.


Si elle ne roule pas sur l’or, la famille dit ne pas être à plaindre. Et au fil des années, il a fallu engager de nouveaux investissements. Il en fut ainsi de l’adoption d’un système d’alimentation en électricité à partir de l’énergie photovoltaïque, afin de se délester du fardeau du gaz butane. Pour pomper l’eau du puits, il est arrivé que la ferme consomme jusqu’à 10 bonbonnes de gaz par jour.


Al Moutmir à la rescousse

Septembre 2018 marquera le lancement du programme Al Moutmir, porté par le Groupe OCP et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Une aubaine pour les agriculteurs et pour la filière oléicole de la province d’Azilal. Dès 2019, les Boudaoud mobilisent une partie des 5,4 hectares de leur ferme pour la mise en place d’une plateforme de démonstration et d’expérimentation. Sur cette plateforme, avec l’aide des cadres d’Al Moutmir, les agriculteurs sont assistés et formés aux pratiques saines de l’agriculture. Cela va du choix des cultures et des espèces au recours rationalisé aux fertilisants, en passant par la sensibilisation à la protection phytosanitaire ou l’irrigation intelligente, l’élagage des arbres et les techniques de récolte.


Sur la plateforme de démonstration de la ferme « Miftah El Kheir », la récolte des olives se fait manuellement et le produit est transporté dans des caisses en plastique pour en préserver la qualité.


Le programme Al Moutmir encourage la récolte manuelle et le retour aux pratiques agricoles saines. Crédit : Ezzoubair Elharchaoui / Le Desk.


De manière périodique, Aymane Achmirek, ingénieur agronome et coordinateur régional du programme Al Moutmir dans la zone Béni Mellal-Khénifra, vient rendre visite à ses agriculteurs-apprenants. Ce lauréat de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat répond à leurs questions et n’hésite pas à mettre la main à la pâte pour des démonstrations. Il part avec un avantage de taille : natif de la région, il parle amazigh, langue maternelle de plus de 80 % de la population de Bni Hassane.


Avec l’aide de son bras droit Amina Najine, ingénieure lauréate de l’École d’agriculture de Meknès, ils organisent des sessions de formation et de sensibilisation pour les agriculteurs, via des cours sur le pré quand la météo le permet, sinon dans des salles, voire des tentes érigées pour l’occasion. 


« Même pour l’usage du fumier, il faut faire très attention quand on en achète ailleurs, car on peut facilement infester le sol avec une plante parasite aux effets néfastes », détaille Aymane Achmirek. Abderrahim, jeune agriculteur de la même commune et bénéficiaire du programme, écoute religieusement ces paroles en offrant fièrement des clémentines du bled, des Afourer bien dorées.


Un gain de productivité de plus de 30 %

Depuis qu’ils ont rejoint le programme Al Moutmir, les Boudaoud ont vu leur production, dans la plateforme de démonstration, atteindre 15 tonnes par hectare (T/ha), contre 11 T/ha dans les parcelles non couvertes par le dispositif, soit une augmentation de 36 %. Ces 4 tonnes de différence correspondent à des centaines de litres d’huile d’olive supplémentaires, sachant qu’un quintal de ce fruit peut produire entre 14 et 17 litres, selon la pluviométrie et le soin apporté aux plants.


Hassan Boudaoud, gérant principal de la ferme, en compagnie des ingénieurs du programme Al Moutmir. Crédit : Ezzoubair Elharchaoui / Le Desk.


Et ce n’est pas tout. Dans la parcelle concernée par le programme Al Moutmir, les olives récoltées sont d’un plus grand volume, l’une des conditions essentielles pour leur intégration par l’industrie de la conserve, autre débouché non négligeable de la filière oléicole.


Aujourd’hui, rien que dans la province d’Azilal, Al Moutmir a mis en place 18 plateformes de démonstration au bénéfice des agriculteurs de 6 collectivités territoriales. Toutes ces plateformes, dont 16 installées lors de la saison 2024-2025, sont dédiées à l’olivier. Tout agriculteur qui en manifeste le besoin peut rejoindre ce dispositif, et ce, sans débourser le moindre dirham, puisque le programme Al Moutmir mobilise les équipes d’encadrement et fournit gracieusement certains engrais et produits phytosanitaires.


Abdelaziz Boudaoud nous emmène un peu plus haut vers une parcelle rocailleuse où tentent de survivre des amandiers. Son prochain objectif est de les remplacer par des oliviers, après avoir dépierré le terrain. Ce fellah appelle à multiplier et à renforcer les initiatives comme Al Moutmir pour le bien des agriculteurs et de l’agriculture.


« C’est l’une des meilleures solutions pour maintenir les populations sur place. Si tous nos jeunes migrent vers les villes, que va devenir la campagne marocaine ? », s’interroge l’ancien enseignant, qui se souvient avoir quitté sa région natale pour des études universitaires à Marrakech au début des années 1980. Après avoir fait des études supérieures et servi pendant des décennies dans plusieurs écoles publiques du Maroc, il a enfin pu réaliser son rêve de toujours : (re)devenir agriculteur.

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