Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
En clair

n°361.Minurso: John Bolton va-t-il céder au plaidoyer d’Antonio Guterres ?

05.10.2018 à 04 H 52 • Mis à jour le 05.10.2018 à 14 H 01
Par
Dans son dernier rapport sur le Sahara Occidental, le secrétaire général de l’ONU suggère de proroger le mandat de la Minurso pour une durée d’un an à fin octobre 2019. En avril dernier, sur l’impulsion de la Maison Blanche, le Conseil de sécurité l’avait écourté à six mois pour presser à la relance des négociations entre le Maroc et le Polisario. Les conditions sont-elles réunies par la perspective de la réunion de Genève ?

Le 27 avril, au sortir du vote sur la résolution 2414 du Conseil de sécurité, prolongeant le mandat de la Minurso d’à peine six mois, l’ultimatum lancé par Washington sur l’avenir de la mission onusienne au Sahara occidental était sans appel : « La Minurso est une mission de maintien de la paix qui aurait dû terminer son travail depuis longtemps. C’est une mission qui a commencé il y a 27 ans presque jour pour jour. C’était une mission conçue pour atteindre un but spécifique. Un projet que la Minurso n’a pas encore été en mesure d’achever », déclarait Amy Tachco, coordinatrice politique de la mission des États-Unis auprès des Nations Unies. Et d’ajouter « en tant que Conseil de sécurité, nous avons permis au Sahara Occidental de devenir un exemple classique de conflit gelé. Et la Minurso est un exemple de mission de maintien de la paix qui ne sert plus à des fins politiques ».

 

Une pression américaine qui a porté ses fruits

Cette pression exercée autant sur les parties concernées du conflit que sur Horst Köhler, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara Occidental, afin qu’ils agissent à fin octobre, a porté ses fruits. Autant le Maroc que le Polisario ont accepté l’invitation de l’ex-président allemand à se retrouver autour de la table les 5 et 6 décembre à Genève pour définir le cadre de la reprise des négociations interrompues depuis dix ans. L’Algérie et la Mauritanie, elles aussi conviées à cette réunion, n’ont pas à ce jour, exprimé leurs positions.


Le ton impitoyable des Etats-Unis esquissait la nouvelle posture de la Maison Blanche à l’égard du conflit saharien et plus généralement sur l’efficience des missions de maintien de la paix déployées dans le monde sous l’égide de l’ONU. Washington vise en effet à couper à la serpe dans le budget de ces missions dispendieuses, voire à les annuler compte tenu du fait qu’il est leur principal contributeur financier, tandis que le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, plaide pour leur maintien. Dans le cas de la Minurso, il avait, dans son précédent rapport, demandé et obtenu une augmentation à plus de 52 millions de dollars de son budget annuel afin de financer son contingent déployé sur le terrain (près de 250 personnes autorisées à août 2018) dont les principaux pays fournisseurs sont le Bangladesh, l’Egypte, le Pakistan et la Russie.



Dans son dernier et très attendu rapport, dont la version préliminaire datée du 3 octobre a circulé depuis, Guterres a insisté sur le fait que la Minurso, bien qu’elle ait failli à organiser un référendum d’autodétermination depuis sa création en 1991, a empêché que les hostilités ne reprennent depuis le cessez-le-feu. « La Minurso a constamment prouvé être un moyen efficace pour prévenir le conflit depuis sa création en 1991 », a-t-il indiqué, ajoutant que la mission a permis à son envoyé personnel, « à travers des efforts intenses durant les six derniers mois, de faire des progrès notables vers une solution politique à la question du Sahara Occidental ».


Le rapport Corner désamorce l’ultimatum de Bolton

Selon des sources diplomatiques consultées par Le Desk, le fait que le conflit reflète une rivalité plus large entre le Maroc et l’Algérie, qui soutient activement le Polisario, a lourdement pesé dans la prise de position du Secrétaire général qui s’est appuyé en cela sur un consensus des belligérants qui « partagent la vision (…) du cessez-le-feu (…) dans la stabilisation de la situation », mais aussi sur les avis collectés par Köhler durant ses consultations, et de celui exprimé par l’examen de la mission conduite par Diane Corner, en tant qu’experte indépendante mandatée en avril par le Conseil de sécurité.


L’ancienne représentante spéciale de la Minusca en Centrafrique avait été mandatée par le Conseil de sécurité en avril pour évaluer l’efficacité de la Minurso. Au terme de sa mission menée en juin, son compte-rendu a souligné le rôle nodal du dispositif « pour éviter une escalade du conflit (…) relancer le processus politique (…) et contribuer au maintien de la stabilité régionale en Afrique du Nord ». Celle-ci suggère cependant que ses mécanismes sur le terrain doivent être révisés de manière qualitative dans le sens de leur optimisation afin d’éviter leur caractère routinier « prévisible ». « Les épisodes de Guerguerat et de Tifariti ayant à coup sûr montré l’incapacité de la Minurso à prévenir toute poussée de fièvre menée par un Polisario plus imprévisible sur le terrain que dans les couloirs de l’ONU », commente une source diplomatique.

 

Au Conseil de sécurité, Tachco avait déclaré : « Notre objectif est d’envoyer deux messages. Le premier est qu’il ne peut plus y avoir de statu quo avec la Minurso et le Sahara Occidental. Le second est à l’heure actuelle, d’apporter notre soutien sans réserve à l’Envoyé personnel Köhler dans ses efforts pour faciliter les négociations entre les parties », rappelant un ancien écrit de John Bolton aux Nations Unies : « La Minurso semblait sur le point d’acquérir une existence quasi-perpétuelle, car personne ne savait comment en faire usage ». Le monitoring de Corner a donc servi à apporter des suggestions concrètes à éteindre cette inquiétude, du moins à très court terme, et démontrer que le retrait des Casques bleus serait antagoniste avec la reprise annoncée des pourparlers.

 

Celui qui a été conseiller de James Baker, ancien secrétaire d’État américain, devenu envoyé de l’ONU au Sahara Occidental de 1997 à 2004 sous le mandat de Kofi Annan, avait ardemment milité pour la tenue d’un référendum. Depuis sa position forte à la Maison Blanche, Bolton semble décidé de saisir l’occasion qui lui était offerte de conjurer le mauvais sort. Mais la situation géopolitique a largement évolué depuis que le Plan Baker II avait mené le dossier dans l’impasse. Ce que Bolton a pu obtenir en l’espace de six mois est qu’un nouveau cadre de négociations puisse être débattu en Suisse avant la fin de l’année. Dans l’intervalle, la Minurso devra donc être maintenue. Pour six, douze mois ? Réponse le 29 octobre, soit quelques jours avant le meeting de Genève…


Le Maroc accepte le round de Genève, droit dans ses bottes

Le Maroc a donc autant de raisons de marquer son satisfecit. Et il le fait savoir en confirmant aujourd’hui ce que Guterres a informé les membres du Conseil de sécurité à savoir que « le Royaume du Maroc a répondu positivement, le 2 octobre, à l’invitation de (mon) Envoyé Personnel à une table ronde initiale à Genève ». Le Maroc a donc accepté ce principe de réunion qui se limite aujourd’hui, selon lui, à « échanger les vues sur les derniers développements de la question nationale et le processus politique, mené sous les auspices exclusifs de l’ONU, et examiner les aspects régionaux de ce différend ». Sans plus.


On est donc encore bien loin des « négociations directes » tant voulues par Bolton et soutenues au printemps par la communauté internationale. C’est pourquoi Rabat enfonce le clou en faisant valoir sa « prompte réponse favorable » tout en soulignant que « le Secrétaire général appelle instamment l’Algérie à répondre positivement, de bonne foi et sans conditions préalables, à l’invitation de son Envoyé Personnel ».


A cet égard, la diplomatie marocaine ne manque pas de marteler que « la résolution 2414 (…) appelle les parties à parvenir à une solution politique réaliste, pragmatique et durable à la question du Sahara, qui repose sur le compromis », histoire de signifier que sa position en faveur d’une autonomie du territoire contesté, sous souveraineté marocaine, est toujours le cadre qu’elle exige depuis 2007 « pour résoudre définitivement ce différend régional ».


« L’invitation adressée au Maroc et à l’Algérie, dans les mêmes termes, répond à la demande du Royaume pour que ce pays, dont la responsabilité dans la création et le maintien de ce différend régional est avérée, participe pleinement à toutes discussions sur la question nationale », ajoute Rabat, à travers une dépêche de l’agence officielle MAP qui poursuit : « l’appel fort, franc et extrêmement clair du Secrétaire général, à l’adresse de l’Algérie, pour participer à la table ronde de Genève, traduit la volonté des Nations Unies de mettre Alger devant ses responsabilités. Il répond aux dispositions de la résolution 2414, qui a fermement demandé à l’Algérie d’apporter une contribution importante au processus politique et de s’engager plus avant dans les négociations ».

Par Ali Amar @MarocAmar
Le Desk En clair