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n°625.Pourquoi l’ONU perd sa pertinence dans la résolution du conflit au Sahara

01.11.2020 à 13 H 55 • Mis à jour le 01.11.2020 à 13 H 55
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Dans une analyse de la situation sur le terrain, l’agence espagnole EFE, observe que le rôle de la mission onusienne de maintien de la paix au Sahara Occidental (MINURSO) est devenu caduc. Dans ce contexte, le Maroc abat ainsi ses cartes diplomatiques devant l'inaction de l'ONU, alors que le Polisario tente un blocus permanent du corridor de Guerguerat

La MINURSO, mission onusienne de maintien de la paix au Sahara Occidental depuis 1991 « est devenue pratiquement hors de propos dans ce conflit qui dure maintenant depuis 45 ans entre le Maroc au Front Polisario », estime l’agence espagnole EFE dans une analyse de la situation sur le terrain suite à l’approbation vendredi dernier du renouvellement de son mandat pour un an par le Conseil de sécurité « dans une résolution presque calquée sur celle de l’année précédente et dans laquelle se reproduisent de bonnes paroles, de légères critiques des deux rivaux et aucune décision qui sortira le conflit de l’impasse ».



Au niveau opérationnel, le MINURSO avait pour mission d’organiser un référendum d’autodétermination parmi les sahraouis qui n’a jamais pu être réalisé en raison de divergences sur le recensement des électeurs sahraouis, note la même source qui souligne que « depuis plus de dix ans, le seul rôle de la MINURSO a été le déminage de la zone et la vérification du respect du cessez-le-feu ».



Un mandat réduit au contrôle du cessez-le feu

EFE cite à ce propos le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita qui a affirmé que « le Conseil confirme que son mandat se limite au respect du cessez-le-feu », et « n’a pas cédé à la logique du chantage (… ) qui prônait une modification des missions onusiennes »


Il s’agissait d’une référence à peine voilée au Polisario, qui, vendredi, regrettait déjà que cette résolution « n’ait pas de mesures pratiques pour faire avancer le processus de paix au point mort et habiliter la MINURSO à s’acquitter pleinement de son mandat. Le Conseil a une fois de plus opté pour l’inaction ».


Le Maroc s’est opposé avec succès à ce que la MINURSO ait un rôle de surveillance des droits humains –  comme l’a demandé Amnesty International -, et en même temps empêche également son personnel civil (440 personnes actuellement) d’avoir des contacts à caractère politique avec le mouvement indépendantiste dans le territoire du Sahara contrôlé par le Maroc.


La MINURSO n’est pas seulement la seule mission de maintien de la paix de l’ONU sans aucun rôle en matière de droits de l’Homme, mais aussi les véhicules avec lesquels elle patrouille dans la zone portent une immatriculation marocaine et non la plaque bleue de l’ONU, également en raison de l’imposition de Rabat. .


Le personnel de l’ONU n’effectue pas, comme dans d’autres parties du monde, des tâches d’assistance civile ou humanitaire, et leur interaction quotidienne avec la population locale est quasi nulle, selon les habitants de Laâyoune.


Le travail de la MINURSO en tant que force d’interposition est également symbolique : dans le blocus actuel de la circulation routière au poste-frontière de Guerguerat par des éléments du Front Polisario, des membres de la MINURSO ont été vus en train d’observer les événements de loin, sans intervenir.


Et bien que le Secrétaire général des Nations Unies ait demandé au Polisario de ne pas gêner le transit commercial, le MINURSO est resté à l’écart.


Depuis l’accord de cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario en 1991, il y a eu un « Envoyé personnel du Secrétaire général pour le Sahara » qui a été chargé de favoriser un rapprochement politique entre les parties, d’abord pour parvenir à un consensus sur le référendum, et maintenant pour chercher une solution mutuellement acceptable pour les deux parties.


En mai 2019, le dernier envoyé, l’Allemand Horst Köhler, qui était en poste depuis moins de deux ans, a démissionné pour des raisons de santé, et depuis lors, son poste est vacant.


Rien n’indique que son remplacement est proche et il n’y a pas de sentiment d’urgence, étant donné que le travail de Köhler n’a produit aucun résultat qui permettrait de progresser vers une solution au conflit, pas plus que ses prédécesseurs.


Köhler a réussi à amener le Maroc et le Polisario à des tables rondes, avec l’Algérie et la Mauritanie, mais le Maroc a été très prudent pour préciser qu’il ne s’agissait pas de « négociations », car il n’y avait rien à négocier.


Köhler, comme ses prédécesseurs, avait également peu de liberté de mouvement pour se déplacer sur le territoire : en 2015, le gouvernement marocain a reconnu qu’il interdisait à l’Envoyé de l’époque, Christopher Ross, de se rendre à Laâyoune, après un premier voyage durant lequel il a rencontré des indépendantistes.


En réalité, aucun Envoyé pour le Sahara n’a réussi à faire céder la moindre de leurs positions –  le Maroc offre l’autonomie, le Polisario demande un référendum –  et cela rend le conflit aussi stagnant qu’il y a vingt ans.


Le pari des consulats à Laâyoune et Dakhla

Le Maroc a choisi cette année d’ouvrir des consulats de pays amis à Laâyoune et Dakhla : à ce jour, quinze pays subsahariens ont inauguré des consulats généraux dans les deux villes.


Certains de ces pays –  le Sénégal ou la Guinée Conakry –  y ont une population, ce qu’un consulat peut expliquer, mais dans le reste des cas il n’est caché à personne que la décision est principalement politique : ce ne sont que des signes de soutien à la « marocanité » du Sahara, des gestes de soutien à un pays allié.


Mais un grand coup a été donné par le Maroc avec l’annonce de l’ouverture le 4 novembre d’un consulat des Emirats arabes unis à Laâyoune. Ce pays du Golfe devient ainsi le premier pays arabe à franchir ce pas, après avoir reconnu Israël.


Le Maroc bouge et abat ainsi ses cartes diplomatiques devant l’inaction de l’ONU, le Polisario, pour sa part, agit sur le terrain, au niveau du corridor de Guerguerat, où il promet un blocage permanent de la circulation, relève ainsi EFE.


Reste à voir si les problèmes de pénurie déjà détectés en Mauritanie du fait du blocus des camions qui acheminent les fruits et légumes du Maroc ne poussent les Mauritaniens –  toujours dans une délicate neutralité dans ce conflit – à agir contre le Front Polisario et les contraignent ainsi à lever leur blocus.

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