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n°902.Tentes pour sinistrés: stocks, production et coût, doit-on s’inquiéter ?

14.09.2023 à 16 H 59 • Mis à jour le 14.09.2023 à 21 H 56 • Temps de lecture : 8 minutes
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Les sinistrés du séisme d’Al Haouz sont encore majoritairement sans abris malgré les efforts de l’armée, des autorités et des associations de leur fournir des tentes. Nombreux parmi eux craignent les intempéries qui pourraient subvenir avec l’arrivée des pluies

Le séisme qui a secoué le Royaume le 8 septembre dernier a fait, jusqu’au décompte du 13 septembre à 19 heures, 2 946 morts et 5 674 blessés. En plus des pertes humaines, le tremblement de terre a complètement rasé plusieurs villages de la région d’Al Haouz.


Sur place, dans la zone frappée de plein fouet par le tremblement de terre de magnitude 7 sur l’échelle de Richter, nos envoyés spéciaux ont constaté que la majeure partie de la population de la zone, a perdu son habitat. Les petites maisons en terre cuite, n’ont pas tenu le coup. Dans les débris, des hommes, des femmes et des enfants ont péri tragiquement.


Les survivants, blessés graves ou légers n’ont plus de toit et dorment depuis samedi dernier, à la belle étoile en effectuant pour la première fois de leur vie, des prières… pour retarder les pluies. Pour abriter certains, des tentes ont été mises en place par les autorités, mais surtout par l'armée et d’autres ont été données par les associations et les particuliers, mais le besoin est énorme.


La nécessité est d’autant plus grande que des averses et fortes pluies sont annoncées pour les jours à venir. Les associations ont lancé des appels aux dons de tentes, les citoyens et acteurs de la société civile y ont répondu, jusqu’à l’épuisement des stocks.


Stocks en péril, industriels sollicités

Le rush pour l’acquisition de tentes en grande surfaces et dans les magasins spécialisés a pris de court les revendeurs, qui ont vu leurs stocks liquidés en 48 heures.


Le Desk a pu constater que l’élan de solidarité et l’aide spontanée des particuliers pour faire des dons, de tentes et de matelas ont vidé le rayon « randonnée » des magasins comme ceux de Décathlon à Casablanca ou Marrakech. « On a récupéré nos stocks de tentes que nous avons livré à la Fondation Mohammed V. Lundi, on a pu ramener le reste de notre stock à Tanger Med dont une grande partie est aussi revenue à la Fondation, et le reste a été mis à disposition des acteurs associatifs et particuliers », nous indique une source autorisée au sein de l’entreprise, qui révèle dans un communiqué, avoir mobilisé 11 millions de dirhams (MDH) sous forme de dons en nature (Tentes, sacs de couchage, matelas gonflables etc.) et en numéraire, pour soutenir les sinistrés.


Pour répondre à la forte demande dans l’immédiat, l’entreprise a sollicité ses points de vente à travers l’Europe, pour importer d’autres lots de tentes.


Dans le même sens, les sources consultées par le Desk, affirment que des industriels, ont été notifiés par le ministère de l’industrie, pour mettre les bouchées doubles et accélérer la production de tentes. Interrogé par nos soins, le ministère confirme que « conformément aux hautes instructions royales, l’écosystème marocain est fortement mobilisé pour répondre aux besoins des populations sinistrées  », sans livrer plus de détails sur le dispositif déployé.


Sur les réseaux sociaux, des numéros de fournisseurs de tentes se disant « prêts à faire les efforts financiers nécessaires » dans ce contexte, ont circulé. Le Desk a posé la question à ces professionnels pour avoir une idée plus claire sur le délai nécessaire et le coût de production d’une tente aux normes pour sinistrés. capable d’accueillir une dizaine de personnes.


« J’ai fait don des tentes que j’avais en réserve. Pour en produire d’autres, j’ai fait appels aux bienfaiteurs dans un premier temps, mais cette ressource s’est épuisée. Le coût de revient d’une tente étanche qui répond aux normes en termes de solidité, est de 2 500 dirhams (HT) en moyenne, entre matières premières et main d’œuvre pour la couture  », nous confie ce patron d’une usine de production de tentes et de bâches pour camions et remorques basée à Casablanca.


Il explique au Desk, que pour produire une tente de ce type, il faut prendre en considération l’étanchéité et donc l’épaisseur des bâches utilisées, en plus de la solidité des tiges en acier qui soutiendront leur poids, surtout en cas d’intempéries. Il précise néanmoins que son plafond de production ne dépasse pas les 20 à 30 unités par jour. « On essaie de faire monter ce chiffre à 50 pour répondre à la demande en urgence », relève notre interlocuteur, qui dit « renoncer à toute sa marge, dans ce contexte de solidarité générale, mais qu’il faut bien payer la main d’œuvre et ses fournisseurs ».

 

« S’il pleut, je pourrais mourir »

En se rendant dans la province d’Al Haouz, on se rend vite compte de l’urgence de la situation. Dès l’annonce des risques d’intempérie dans la région, l’inquiétude s’est emparée d’une partie des sinistrés. Seuls ou en famille, ils anticipent le pire. « S’il pleut, je pourrais mourir », s’inquiète Omar, survivant du Douar Alous de la commune d’Ighil, œil du séisme, au micro du Desk. Cet homme qui, à l’instar de tous ses voisins, a perdu son toit, explique qu’en cas de fortes pluies, les sinistrés allaient « souffrir énormément », tant qu’ils dorment à ciel ouvert.



Sur place, les survivants espèrent une tente, ou une bâche pour en faire un toit de fortune en cas de pluie. Car si les convois de dons en provenance des grandes villes contiennent effectivement des centaines de tentes et de bâches, il n’y en a pas assez pour tout le monde comme nous le confirme Hamza, acteur associatif . Il a appelé les donateurs à penser aux palettes pour « soutenir les matelas de faible épaisseur » et les relever de sorte à éviter le contact avec les eaux, en cas de fortes averses.


Dans cette situation critique, le ministère de l’Intérieur a mis en place une cellule chargée d’approvisionner les sinistrés en tentes, matelas et couvertures, affirment les sources consultées par le Desk, qui confirment que les consultations avec les différents industriels de la branche ont bien eu lieu, pour assurer une production locale.


A Ighil, des sinistrés dépourvus d'abris tentent de confectionner des tentes de fortune. Crédit: Le Desk


La question est désormais de savoir, combien de temps faut-il pour répondre au besoin urgent des sinistrés. « Est-ce qu’on peut se le permettre ? » s’interroge, inquiet, un acteur associatif, questionné par le Desk. « Sur le terrain, on ne peut même pas mettre un chiffre approximatif sur ce besoin devenu vital. Tous les toits se sont effondrés, des villages entiers dorment à la belle étoile et tous ces gens doivent attendre qu’on puisse produire des tentes localement ?  », poursuit-il sur le même ton, en estimant qu’il est désormais « urgent » d’accepter les offres d’aides internationales, au moins pour répondre à la problématique des tentes pour sinistrés qui vivent un stress quotidien.


Le préfabriqué, une alternative fiable et durable ?

Bien qu’une commission interministérielle chargée du déploiement d’un programme de réhabilitation et d’aides à la reconstruction des logements dans la zone sinistrée a vu le jour en ces temps de crise, ses plans s’étaleront surement sur plusieurs années pour que les populations impactées puissent retrouver un semblant de vie normale.


En prenant compte de cette situation, la solution des tentes se révèle temporaire. D’autres acteurs associatifs proposent des alternatives pour que les « sinistrés bénéficient non seulement d'abris de fortune, mais de logements décents et propices pour faire face au froid hivernal de la région  », confie Mohamed Ouazzani, architecte et vice-président de l’association Rotary Fès Les Mérinides, lors d’un échange avec le Desk. Il assure que la solution des tentes ne peut être, qu’une solution provisoire, tant celles-ci n’assurent pas l’isolation thermique pour que des familles y vivent quotidiennement pendant les mois à venir.


« Notre proposition consiste à offrir aux sinistrés des petites constructions de 18 m2 qui comporteront un petit espace commun, un coin de nuit et une cuisinière. Pour les familles nombreuses, on peut aller jusqu’à 30 m2 », précise l’architecte, dont l’association compte prendre attache avec les autorités pour étudier la faisabilité du projet, « car le but est de ne pas entasser ces logements de sorte à ce que ça ressemble à un camp de réfugiés ».


Cette alternative que le professionnel considère comme étant viable sur le court et moyen terme en attendant la reconstruction de la province, est certes réalisable, mais elle est aussi et surtout, coûteuse. « Les bungalows coûtent entre 25 000 et 30 000 dirhams (DH) l’unité et on négocie actuellement avec fabricants locaux pour qu’ils revoient à la baisse leurs marges, au moins dans ce contexte », précise le vice-président du Rotary de Fès, en affirmant que la branche marocaine de l’ONG a sollicité l’aide de son réseau mondial.


D’après ses dires, les acteurs internationaux ont répondu positivement à l’initiative alors qu’au Maroc, les réponses à l’appel aux dons pour financer ce projet, se font rares. Il nuance en expliquant que « c’est aussi parce qu’on n’a pas beaucoup communiqué autour, tant que nous sommes en phase de finalisation de tous ses contours  ».


Mohamed Ouazzani anticipe un retour positif des autorités pour la réalisation de ce projet qui selon lui, permettra aux sinistrés d’attendre la reconstruction, dans des conditions dignes qui sauvegarderont un minimum leurs dignité et intimité, après avoir tout perdu.

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