MigrationLes 60 ans de l’accord de main d’oeuvre Maroc-Belgique: une commémoration orientée vers l’avenir
L’accord bilatéral maroco-belge de main d’œuvre bouclera ce 17 février ses 60 ans. Pour commémorer cet événement, le consortium DIMOBEL60, qui regroupe l’Université de Liège, le Cercle des Lauréats de Belgique, l’Université Mohammed Premier d’Oujda et l’ESCA École de Management Casablanca, organise les jeudi 8 et vendredi 9 février le Forum académique belgo-marocain du 60ème. Il s’agit du troisième événement du genre, après ceux organisés pour commémorer les quarante et ensuite les cinquante ans de l’accord.
Ce Forum sera l’occasion de dresser un état des lieux 60 ans après la signature, en 1964, de la convention bilatérale de main d’œuvre entre les deux pays, indiquent les organisateurs dans un communiqué. Il poursuit la réflexion initiée dans le cadre la commémoration des 40 ans en 2004 et pourra compter sur la participation de plus d’une vingtaine intervenants belges et la présence d’une délégation de 23 professeurs, chercheurs entrepreneurs et représentants institutionnels marocains (dont certains avaient déjà̀ participé au colloque organisé en 2004).
L’accent sera aussi mis sur les enjeux du futur et, plus particulièrement, sur les besoins de renforcer la coopération entre la Belgique et le Maroc. Le choix des porteurs du projet DIMOBEL part du constat que, « malgré l'intensité des relations culturelles et humaines entre les deux pays, leur coopération dans les domaines économique, scientifique et technique demeure sous-optimisée et mérite d’être consolidée de part et d’autre ». Ainsi, les organisateurs mettent l’accent sur la notion d’une « commémoration », loin de la « célébration ». Pour plusieurs acteurs belgo-marocains, souligne-t-on dans l’argumentaire de cet évébement, « il ne devrait y avoir aucune ambigüité sur l’idée qu’il n’y a rien à célébrer, et encore moins à fêter, dans cet accord de main d’œuvre ».
La commémoration des 40 ans avait pour objectif conscient de redéfinir les termes du débat, autrement dit « de rappeler que l’immigration marocaine en Belgique doit se concevoir comme une histoire de travailleurs, qui est aussi celle de leurs épouses et de leurs enfants », au lieu de résumer cette histoire dans des stéréotype relatifs aux communautés migrantes musulmanes. Celle des 50 ans a amplifié cette perspective de reprise en main du narratif, en associant la commémoration des 50 ans au slogan « C’est du Belge », et en mettant l’accent « à la fois sur l’ancrage local mais également sur la multiplicité des succès des Belgo-marocains et la diversité de leurs contributions au rayonnement de la Belgique ». Cette commémoration du 60ème anniversaire de l’accord se veut plutôt orientée vers le futur.
C’est dans cette optique que les membres du DIMOBEL ont alors décidé de faire de la commémoration des 60 ans de l’accord une occasion propice pour « réfléchir ensemble, acteurs belges et marocains confondus, à la dynamisation du corridor économique qui lie ces deux sociétés et ces deux espaces géographiques ». Abordant les champs de la migration et de la diaspora, l’une des ambitions du Forum sera de faire dialoguer de manière transdisciplinaire les chercheurs actifs au sein du champ des études sur les migrations et les diasporas et ceux qui s’intéressent de manière plus générale aux dynamiques entrepreneuriales et au développement économique tant du pays d’origine, en l’occurrence le Maroc que de la société d’installation, la Belgique.
Ce forum veut ainsi avoir une ambition de réflexion multi-thématique. « La dimension artistique et culturelle a, de façon très naturelle, dominé les autres en 2004 et 2014 et a joué un rôle prépondérant. Toutefois, le vécu des Belgo-marocains a évolué au point qu’il est indispensable aujourd’hui de jeter les projecteurs sur les évolutions sur d’autres terrains au premier rang desquels le champ économique et social, le champ scientifique, sans oublier les enjeux émergents liés à l’intersectionnalité et aux relations de genre, etc. », notent les organisateurs.
L’accent sera mis donc lors de cet événement sur les relations Maroc-Belgique au-delà de la commémoration contrairement aux commémorations précédentes organisées en 2004 et 2014, et qui se voulaient délibérément centrées sur la Belgique. « Il existe aujourd’hui entre les deux pays une société civile à la fois dense et composite qui ne se limite pas aux seuls descendants des travailleurs marocains résidant en Belgique. Une importante communauté de Belges s’est développée au Maroc et on dénombre des migrants de retour de plus en plus nombreux (...) il y a aussi beaucoup de « Belges de Belgique » et de « Marocains du Maroc » qui se sentent concernés par le rapprochement entre les deux pays », lit-on dans l’argumentaire de l’événement.
C’est dans cet esprit que ce Forum privilégiera « les regards croisés » et donnera la parole à un large éventail de parties prenantes intéressées, originaires tant du Maroc que de Belgique. Ce faisant, le consortium DIMOBEL60 espère que cette commémoration contribuera à « ouvrir un nouveau chapitre centré sur l’avenir des relations belgo-marocaines et non pas simplement sur la relation du passé ». La commémoration, espèrent-ils, pourrait aussi déboucher sur des initiatives innovantes comme un nouveau cadre de travail pour « la coopération bilatérale basé sur un renforcement de la coopération décentralisée entre autorités locales ».
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