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Le bloc notes de la rédaction

Disparition

François Premier: histoire papale en terre chérifienne

21.04.2025 à 11 H 59 • Mis à jour le 21.04.2025 à 12 H 00 • Temps de lecture : 7 minutes
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Le Vatican annonce ce 21 avril la mort du Pape François, âgé de 88 ans, élu au siège de Pierre en mars 2013. L’occasion au Maroc de se souvenir de sa visite à Rabat en 2019, seulement la seconde d’un chef de l’Eglise en terre chérifienne…

« Joyeuses Pâques ». Ce sont les derniers mots prononcés en public par le Pape François, au balcon de la basilique Saint-Pierre de Rome pour les célébrations de Pâques ce dimanche.


Né Jorge Mario Bergoglio, l’argentin, premier sud-américain à occuper le siège apostolique, s’éteint moins de 24 heures plus tard, terrassé par la dégradation de son état de santé qui a nécessité une hospitalisation le 14 février dernier pour une double pneumonie.


Alors que son apparition devant des milliers de fidèles a suscité l’espoir d’une rémission, François avait laissé le soin de la traditionnelle bénédiction « Urbi et Orbi » à un proche qui a relayé ainsi les vœux du Pape « Aucune paix n’est possible là où il n’y a pas de liberté religieuse ni de liberté de pensée et d’expression ». Un thème qui était justement très attendu lors de sa seule visite au Maroc en mars 2019. Retour sur cet épisode historique…


Sous une pluie fine et incessante, gage de bénédiction au Maroc, le Pape François a posé le pied en terre chérifienne le samedi 30 mars 2019 pour une visite de deux jours. Le Saint-Père a été accueilli par le roi Mohammed VI, autant souverain que Commandeur des Croyants en ce jour où les symboles religieux priment sur le reste.


La rencontre des deux chefs d’Etat est le point d’orgue du programme très chargé de la visite papale placée sous le sceau du « Dialogue Interreligieux ». Le Pape et le Roi ont commencé par se rendre sur l’esplanade de la tour Hassan où ils ont chacun prononcer un discours inaugural.


Le cortège s’est ensuite rendu au Palais Royal, où une cérémonie de signature s’est tenue. François et Mohammed VI, également Président du Comité Al Qods, ont ratifié à cette occasion un appel concernant Jérusalem : « nous souhaitons, par conséquent, que dans la ville sainte, soient garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte ».


Un message d’espoir affaibli aujourd’hui par la violence qui embrase le Proche-Orient, mais qui consacre la volonté affichée par Rabat et le Vatican d’œuvrer à la tolérance religieuse. Le séjour papal s’est poursuivi par la visite de l’Institut Mohammed VI de formation des imams, symbole de la promotion d’un islam marocain modéré, puis par une rencontre avec des migrants au siège de l’association Caritas.


François Premier a rappelé à ce sujet « le devoir d’assistance que doit porter tout fidèle aux personnes migrantes en situation de précarité ». Un sujet cher au Vatican, qui lui a valu ces dernières années quelques tensions avec les gouvernements conservateurs européens.


Le lendemain, dimanche 31 mars, le Saint Père l’a réservé principalement  aux chrétiens du Maroc avec en point d’orgue la prière de l’Angélus à l’intérieur de la cathédrale Saint-Pierre de Rabat. A cette occasion, le Pape a exhorté les chrétiens vivants au Maroc : « S’il vous plait, pas de prosélytisme ». Un discours en forme de mise en garde, qui vient doucher les espoirs d’une prise de position de François Premier en faveur d’une « liberté de conscience » au Maroc.


La venue du Pape au Maroc avait en effet laissé penser, dans les milieux militants en faveur des libertés individuelles, une avancée pour les chrétiens marocains, obligés de vivre leur culte sous le sceau de la clandestinité. Mais Mohammed VI avait préalablement clos le sujet en déclarant la veille « Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».


Toutefois la mémoire de la chrétienté au Maroc, et au Maghreb plus généralement, a également eu  droit de cité dans les déclarations papales. Dans ce qui est devenu l’image forte de sa visite, le Pape François a baisé la main du père Jean-Pierre Schumacher, dernier survivant du massacre de Tibéhrine, monastère algérien dans lequel des moines trappistes ont été assassinés en mars 1996.


Dans l’avion, sur le chemin du retour, le Pape s’est livré à sa traditionnelle conférence de presse. Il n’a pas pu esquiver la question sensible sur la condition des chrétiens marocains « Il existe une liberté de culte, la liberté d’appartenance à une religion. Ensuite la liberté se développe toujours, elle croît [...] Au Maroc, il y’a cette croissance ». Une bienséance diplomatique qui laisse la porte ouverte sans toutefois bousculer le pouvoir marocain.


La dernière visite d’un Pape au Maroc, celle donc de François Premier en mars 2019, est la seconde d’un chef du Vatican au royaume. Avant lui, Jean Paul II (1978-2005), s’est rendu au Maroc en aout 1985. Une visite historique puisqu’elle est la première d’un souverain pontife à un pays musulman. Avant cela encore, la première tentative de relations diplomatiques date de la fin du XIXe siècle.


En 1888, le sultan Moulay Hassan, déjà sous pression des puissances européennes désireuses de coloniser le Maroc, profite du Jubilé du Pape Léon XIII (1878-1903) pour tenter un coup politique. Il charge le diplomate El Haj Mohammed Ben Larbi Torrès d’une ambassade extraordinaire apportant vœux et présents au souverain pontife tout en espérant que le Pape tempère les ardeurs des pays occidentaux avides de nouveaux territoires. Une mission encadrée par le Père Lerchundi, un prêtre espagnole arabisant et proche du sultan.


Toutefois, et si les aspirations marocaines ne peuvent être assouvies par l’Eglise, cette visite est la première pierre d’un processus de rapprochement, qui ne devient effectif qu’au cours du XXe siècle. En 1962 s’opère une grande réforme au Saint Siège suite au deuxième  concile œcuménique du Vatican, plus couramment appelé Concile Vatican II. Une conférence qui consacre une nécessaire modernité de l’Eglise.


Dans le texte finale, un aspect retient particulièrement l’attention : « L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent Dieu Un vivant et subsistant, miséricordieux et tout puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes ». Les rancœurs envers les rivaux historiques ne semblent plus faire partie dans la politique papale. De son côté, le Maroc de Hassan II, confronté à l’affaire du Sahara, cherche à améliorer son image de pays ouvert et tolérant aux yeux de la communauté internationale.


En janvier 1976, les relations diplomatiques sont officiellement ouvertes. Le roi, également président du comité Al Qods, est contraint d’impliquer le Vatican dans la question multiconfessionnelle du statut de la ville Sainte. Un dénominateur commun qui s’est à nouveau imposé lors de la visite de François au Maroc en mars 2019.


Sous Hassan II, le rapprochement s’accélère lorsqu’il rend visite à Jean Paul II en avril 1980, mandaté par les pays arabes pour aborder l’épineux dossier de Jérusalem. Le roi profite de l’occasion pour inviter le Saint Père au royaume dès que l’opportunité s’y prête. Cinq ans plus tard, le 19 aout 1985, Jean-Paul II atterrit à Casablanca.


Une fois en contact avec le sol, et comme à son habitude, le souverain pontife se met à genoux. Doucement, il se prosterne et embrasse la terre musulmane du Maroc, pays dans lequel il se rend pour la première et dernière fois. Retransmis en direct à la télévision nationale, ce geste est le premier d’une série qui émeut le peuple marocain.


Après le rituel du baiser au sol, le Pape vêtu de sa longue tunique blanche est reçu par le roi Hassan II et sa famille. Le cortège des officiels des deux camps disparait ensuite dans les travées privées de l’aéroport. Pour Jean Paul II, c’est le début d’une longue journée dont le point d’orgue est le discours prononcé par ce dernier devant plus de 80 000 personnes rassemblées au grand stade d’honneur de Casablanca.


François Premier, qui a renoué avec le Maroc en s’y rendant, laisse donc derrière lui le cordon d’amitié entre le Vatican et Rabat. En Occident, son pontificat demeure marqué par d’audacieuses réformes, mais aussi par la volonté d’affronter les scandales d’exactions sexuelles dans le clergé.

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Le Desk Culture