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Le bloc notes de la rédaction

« Promis le ciel » en compétition : la réalisatrice Erige Sehiri et l’actrice Aïssa Maïga au Festival international du film de Marrakech (FIFM)
Cinéma

« Promis le ciel » : à Marrakech, Erige Sehiri raconte l’exil au féminin, entre dignité et fragilité

30.11.2025 à 21 H 52 • Mis à jour le 06.12.2025 à 22 H 34 • Temps de lecture : 4 minutes
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À la 22e édition du Festival international du film de Marrakech, le nouveau long-métrage de la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri poursuit avec finesse l’exploration de destins invisibilisés, ceux de femmes subsahariennes en quête d’avenir à Tunis. Soutenu par les Ateliers de l’Atlas, « Promis le ciel » mêle fiction et souffle documentaire pour raconter l’exil, la solidarité et la dignité dans un monde qui vacille

Le Festival international du film de Marrakech (FIFM) a accueilli, samedi soir, la projection en compétition officielle de Promis le ciel, deuxième long-métrage de fiction d’Erige Sehiri. Une œuvre d’une intensité douce, 93 minutes durant lesquelles la cinéaste, déjà remarquée avec Sous les figues, filme à hauteur de femmes celles que l’actualité relègue trop souvent à des chiffres, des quotas, des naufrages.


Le film nous transporte dans un quartier populaire de Tunis, loin des cartes postales, là où s’inventent des vies précaires et pourtant tenaces. Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste interprétée par l’élégante Aïssa Maïga, partage son minuscule appartement avec Naney, jeune mère séparée de sa fille restée au pays, et Jolie, étudiante qui porte à elle seule les espoirs familiaux. Leur équilibre fragile bascule lorsqu’elles recueillent Kenza, quatre ans, rescapée d’un naufrage. Soudain, un foyer éclot, recomposé, tendre et inquiet à la fois. Les gestes deviennent sauvetage, les silences deviennent force.


Erige Sehiri refuse le spectaculaire. Elle choisit l’intime, l’invisible, la vérité brute. Elle montre l’exil non pas comme une crise politique, mais comme une succession de petits combats : se loger, aimer, rire, prier, nourrir un enfant qui n’est pas le sien. Le racisme ambiant, les lois absurdes, l’insécurité administrative, tout cela existe, mais à la périphérie, dans le hors-champ d’un film qui donne la priorité à la chaleur humaine plutôt qu’à la peur.


Dans une déclaration à la MAP, la réalisatrice souligne que ce projet présenté en ouverture de la section « Un Certain Regard » à Cannes « mobilise des outils de réalisation mêlant fiction et esprit documentaire  ». Elle revendique une précision du geste : puiser dans chaque genre ce qui sert le réel, sans en trahir les frontières artistiques. Cette exigence se ressent dans chaque plan. La photographie soignée de Frida Marzouk enveloppe les corps d’une lumière sèche mais généreuse, tandis que le montage fluide de Nadia Ben Rachid – complice d’Abderrahmane Sissako et de Kaouther Ben Hania – donne au récit une respiration particulière, presque flottante.


« C’est un cinéma du respect »

La direction d’acteurs est remarquable. Aucun personnage ne sert de décor. Chacune porte son histoire, ses cicatrices, son désir de vivre entière. Les regards parlent plus fort que les mots. Les corps résistent. La caméra ne juge jamais, elle accompagne, elle écoute. « C’est un cinéma du respect », glisse une critique à la sortie de la projection, « un cinéma qui rend la dignité qu’on a confisquée ».


Dans la filmographie de Sehiri, Promis le ciel s’inscrit dans une continuité. Après avoir suivi des travailleurs sur des voies ferrées délaissées dans La Voie normale et brossé un portrait de la jeunesse rurale dans Sous les figues, la cinéaste s’attache désormais aux mouvements urbains de femmes qui tiennent debout dans un système qui les ignore. Elle poursuit sa recherche d’une vérité nourrie par la réalité quotidienne, avec une conscience aiguë des enjeux sociaux et politiques, notamment la criminalisation croissante des migrants sans papiers en Tunisie.


Promis le ciel n’est pas un film qui assène. C’est un film qui murmure. Qui dit le soin, la sororité, la résistance par les gestes simples. Qui rappelle, comme une évidence trop souvent oubliée, que l’hospitalité n’est pas une menace mais une bénédiction. Et qu’une famille peut naître là où rien n’était prévu.


Une réalité collective à confronter

 La cinéaste, très soutenue par les Ateliers de l’Atlas du Festival de Marrakech, insiste sur l’importance de ces espaces d’accompagnement permettant à des films audacieux, non consensuels, d’exister et d’être visibles dans la région MENA et au-delà. Car derrière Promis le ciel, il y a une réalité collective qui ne peut être ignorée : celle de milliers de vies suspendues entre un « pays quitté » et un « pays qui refuse ».


Quant au titre, il puise sa force dans une chanson du groupe Delgres, entendue au générique. « On m’a promis le ciel, en attendant j’suis sur la Terre ». Sehiri y voit le cœur même de son film : les promesses non tenues, celles des gouvernements, des frontières, parfois même de la foi. Pourtant, malgré cette trahison du monde, l’humain persiste. Il se raccroche à l’autre. Il rêve encore. Il promet, lui aussi.


À Marrakech, Promis le ciel confirme que le cinéma peut guérir ce que la politique abîme. Par la lumière. Par la tendresse. Par la dignité retrouvée.


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