S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
Grand angle
Vue d'ensemble de l'une des oasis d'Ouarzazate.

Ouarzazate et ses oasis, lumière céleste et ombre des palmiers

04.06.2026 à 11 H 55 • Mis à jour le 04.06.2026 à 11 H 55 • Temps de lecture : 16 minutes
Par
ÉCOTOURISME
Bien installée sur la liste des villes les plus visitées du Royaume, Ouarzazate ne souhaite pas pour autant se reposer sur ses lauriers. Prisée pour ses Kasbahs et ses décors de cinéma, la cité, carrefour des cols mythiques du Haut Atlas, se réinvente et entraîne avec elle ses oasis satellites pour figurer à la pointe de l’écotourisme national

« Je suis venu à pied et en autostop depuis la Turquie, je ne devais rester ici que quelques jours, cela fait plusieurs semaines que je suis là et je n’ai toujours pas envie de repartir. » Ce jeune Kurde est tombé en pâmoison de l’Oasis de Fint, à quelques encablures au sud d'Ouarzazate. Sensible à la cause écologique, il trouve ici un petit coin de paradis qu’il semble avoir bien du mal à quitter. Pourtant, Fint n’est pas une exception dans le paysage des oasis aux portes du désert. Face au changement climatique qui menace le fragile équilibre de ses îlots de verdure, à la lisière entre le Haut Atlas et le Sahara, les oasis de la région comprennent que la pérennité de leur existence passe par des pratiques responsables.


Ainsi, les habitants ont engagé la construction de logements « écofriendly », optimisé la gestion des ressources hydriques et développé des activités touristiques qui respectent l’environnement. Pour autant, il n’a pas été question ici d’inventer un nouveau mode de vie, mais seulement de réhabiliter celui qui a permis, durant des siècles, de faire de cette contrée un carrefour des mondes. La grande palmeraie de Skoura en est un exemple édifiant. À 45 kilomètres à l’est d'Ouarzazate, l’oasis qui s’étend sur 25 kilomètres carrés est devenue une vitrine des bienfaits de l’architecture traditionnelle. Pour s’en rendre compte, il suffit de visiter l’une des kasbahs de Skoura, comme celle d’Amridil, à la fois patrimoine historique majeur et témoin de la pertinence du mode de vie ancestral.


Quand le soleil éclaire l'avenir : le génie Noor

Mais c’est bien à Ouarzazate qu’a commencé la révolution écologique de la région. Depuis sa périphérie, un étrange et hypnotique halo de lumière ne manquera pas de vous intriguer. C’est en vous approchant davantage que vous comprendrez qu’il ne s’agit pas d’un ovni en lévitation au-dessus du sol, mais d’une lumière intense au sommet d’un gigantesque pylône. Une vision presque paranormale qui se répète quatre fois autour de la ville, au nombre des centrales que compte le complexe solaire Noor. Au cœur du plateau d'Ouarzazate, là où le soleil écrase la terre ocre et où le vent raconte des histoires de caravanes, s’étale une merveille de technologie au service d’un développement durable.


Ce complexe géant et silencieux, depuis son inauguration en février 2016 par le roi Mohammed VI, a changé à jamais le visage énergétique du Maroc. À l’époque de sa mise en service, fin 2015, cette centrale à concentration (CSP) détenait un record mondial : celui d’être la plus grande monoturbine au monde. 160 mégawatts de puissance brute, 500 gigawattheures visés chaque année, de quoi alimenter plus d’un demi-million de Marocains en électricité propre. Les années passent, les records s’accumulent et la pertinence du projet se confirme avec force.


La centrale solaire Noor d'Ouarzazate a fait entrer le Maroc dans l'ère de l'énergie verte. Crédit : DR


Au-delà des chiffres, Noor est une formidable machinerie de haute ingénierie conçue sans impacter son environnement. C’est le génie tranquille de ce lieu fait de rangées impeccables de miroirs paraboliques qui captent chaque rayon, et, sous terre, d’un système de stockage thermique par sels fondus. Celui-ci permet à la centrale de continuer à produire à pleine capacité trois heures après le coucher du soleil, ou lors d’un nuage passager, si rare dans la région. Et quand bien même la nuit tombée, le désert ne s’éteint pas, sa chaleur emmagasinée durant la journée continue d’être puisée.


Et l’impact environnemental parle de lui-même. Comparée à une centrale au fioul lourd, Noor évite chaque année le rejet de 240 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Sur 25 ans d’exploitation, c’est l’équivalent de 6 millions de tonnes de gaz à effet de serre qui ne viendront jamais obscurcir le ciel d'Ouarzazate. Pour le voyageur à la conscience écologique, contempler ces miroirs, c’est mesurer concrètement ce que « décarboner » veut dire.


Enfin, cette centrale est devenue un laboratoire à ciel ouvert. Les données fiables qu’elle génère et son retour d’expérience sur la technologie CSP à grande échelle en font un phare qui dépasse de loin les cimes de l’Atlas ou même les frontières du Royaume. Ainsi, à Ouarzazate, la lumière ne vient plus seulement du soleil. Elle jaillit de l’intelligence humaine et éclaire la route vers un mode de vie plus durable. Tout comme l’architecture traditionnelle de la ville, unifiée par la couleur ocre directement prélevée de la terre de ce haut plateau montagneux.


Une symbiose qui, en plus d’être une réussite esthétique, est devenue un symbole de l’identité de la cité surnommée « La porte du désert ». Une appellation héritée d’une époque pas si lointaine où Ouarzazate était le carrefour des échanges commerciaux transsahariens. Depuis, la cité s’est trouvé de nouvelles vocations, notamment un amour immodéré pour le 7e art. Les plus grands cinéastes du monde lui rendent bien en venant tourner leurs chefs-d’œuvre dans les studios de la ville et dans les décors somptueux de ses alentours. Une passion qui ne peut vous échapper, au vu d’un clap de cinéma géant qui trône sur l’un des ronds-points à l’entrée de la « Hollywood du Maroc ».


La magie du clap : dans les coulisses de la Hollywood marocaine

Si vous êtes cinéphiles, Ouarzazate peut vous offrir davantage que d’imaginer le tournage de vos films préférés. En plus de quelques studios emblématiques qui permettent les visites hors tournage, la ville s’est dotée d’un musée du Cinéma qui se trouve en face de l’historique Kasbah de Taourirt, sur l’avenue Mohammed V. C’est ici, dans ce qui fut en 1981 un studio italien de cinéma, que la ville a choisi de célébrer son âme de décor vivant. Inauguré en 2007, le Musée du Cinéma d'Ouarzazate n’est pas un simple lieu d’exposition, il est aussi une machine à remonter le temps de cette merveilleuse romance.


Le lieu déroule ses trésors sur quatre bâtiments, comme les chapitres d’un livre d’aventures. Le premier vous plonge dans l’univers des palais de l’Égypte antique, dans lequel vous pouvez jouer au pharaon, seigneur de la salle du trône, ornée de bois sculptés et de velours rouge. Puis, un couloir étroit vous mène à une petite prison aux murs gris et froids, dans laquelle pendent des chaînes en fer à vous glacer le sang, dans une immersion dans l’un de ses épiques péplums du siècle passé.


Un couloir tapissé d’affiches mythiques vous rappelle quelques grands films tournés à Ouarzazate comme Lawrence d’Arabie, Gladiator, Kingdom of Heaven, Babel, ou encore Astérix &  Obélix : Mission Cléopâtre… Ce défilé annonce ensuite l’entrée d’un autre bâtiment, où vous découvrez une seconde salle du trône, encore plus imposante, avant de traverser la cour des « djinns » qui semble encore peuplée de ces créatures des sables, figées dans le plâtre. Sorti de ce labyrinthe de fantaisies, un autre espace vous attend : la salle Asia Pharaonic. Ici, ce sont des photos dédicacées de stars d’Hollywood qui ornent les murs. Sean Connery, Omar Sharif, Catherine Zeta-Jones… Leurs regards croisent le vôtre, comme pour vous chuchoter : « Oui, c’est bien ici que la magie a opéré. »


Un décor de temple égyptien tel que vous pouvez en trouver dans le Musée du cinéma d'Ouarzazate. Crédit : Hamza Bordo / Le Desk


Le bâtiment technique clôt la visite. Derrière des vitrines, d’anciennes caméras, projecteurs et perches sonores témoignent d’un cinéma artisanal, bien loin des effets numériques. On imagine les opérateurs en sueur sous le soleil, ajustant leurs objectifs pour capturer l’infini du désert. Au fil des salles, le Musée du Cinéma ne raconte pas seulement l’histoire des films. Il narre comment Ouarzazate est devenue, depuis les années 1960, une terre d’accueil pour les rêveurs du 7e Art. Ce voyage dans les coulisses cachées du cinéma est une escale indispensable dans votre périple, qui ressemble lui aussi à un film.


Il se poursuit hors des enceintes de la ville, pour seulement une vingtaine de minutes de route. Cap sur le sud en direction d’un paradis caché. L’oasis de Fint, qui signifie « dissimulé » en amazigh, l’était sans doute autrefois. Aujourd’hui, elle est au contraire sur le devant de la scène, louée pour sa promptitude à s’adapter aux contraintes de notre temps. Au détour d’un virage, au milieu d’un paysage aride et rocailleux, apparaît par enchantement un long corridor vert foncé qui s’étale sur quelques kilomètres de long. Les parois rocheuses qui bordent le ravin verdoyant détonnent par une couleur sombre, noire comme du charbon.


Oued Fint est cerné de parois rocheuses sculptées par une ancienne activité volcanique. Crédit : Zakaria Mezgour / Le Desk


Elles sont arrondies, sculptées par des coulées de lave qui se sont déversées ici il y a des millions d’années. Les traces de ce décor basaltique sont la preuve d’une ancienne et intense activité volcanique, en partie responsable de la formation de ce haut plateau au cœur du Haut Atlas central. L’entrée de l’oasis est marquée par un pont qui enjambe l’oued Fint, dans lequel une jeune femme trempe les pieds, assise méditative sur un rocher au milieu de la rivière. Ce cours d’eau est la raison d’être de l’oasis qu’il abreuve généreusement à la surface tout en remplissant la grande nappe phréatique en sous-sol. L’ombre rafraîchissante des palmiers en est la véritable porte d’entrée.


Fint, le secret vert des terres volcaniques

Les allées de palmiers font chuter la température de plusieurs degrés. Ce qui permet sans doute aux enfants de se donner sans compter sur le terrain de football en pelouse synthétique annexe de l’école de l’oasis, dont le toit est presque intégralement recouvert de panneaux photovoltaïques. Plus loin, les premières habitations, entourées de vergers et cultures diverses, longent le cours de l’oued à plus ou moins bonne distance. Nous empruntons une piste qui monte le flanc de l’oasis pour nous rendre dans l’un des établissements hôteliers du village.


Au bout du chemin cerclé de pierres ponces où se faufilent quelques petits écureuils de Barbarie, un terrain en terrasse abrite d’élégantes bâtisses couleur terre. Tout en haut, l’une d’elles, un belvédère joliment décoré, est celle de Michel. Longs cheveux argentés et tenue décontractée, le concepteur des lieux est ravi de nous en révéler les secrets. Cet ancien architecte installé à Fint depuis 2008 nous explique y avoir «  ressenti une énergie différente, propre à la terre volcanique  ». Surtout, il a appris, aux côtés de son épouse Nadia et sa famille habitant l’oasis, que cet écosystème est fragile et qu’il exige une attention toute particulière.


Une connaissance doublée d’une conscience écologique qui a guidé les travaux entrepris par Michel. Tout en nous faisant la visite, il nous affirme que « tous les bâtiments sont de l’écoconstruction, sans béton. Ils sont faits avec l’adobe, c’est-à-dire des briques de terre et avec du mortier composé de terre et de paille. Les toits sont en chandelle de bois d’acacia ». Des matériaux écolos et locaux, qui pourraient pourtant faire craindre une fragilité des édifices. « Absolument pas, rétorque Michel, nous avons durement ressenti le séisme d’Al Haouz, mais aucun dégât chez nous, contrairement aux bâtiments en béton qui ont été pour le moins fissurés ». L’engagement de cet écolodge est poussé jusqu’au traitement des eaux usées, qui sont soumises à un double filtrage dans des fosses septiques avant de servir d’engrais aux palmiers en contrebas.


Un écolodge de l'Oasis de Fint, près d'Ouarzazate. Crédit : Zakaria Mezgour / Le Desk


Les matériaux utilisés à la manière de l’architecture vernaculaire de la région ne sont pas la seule fierté de Michel et sa famille. Leur démarche n’est pas de l’ordre du « projet commercial », explique Michel, qui demande que les visiteurs soient traités « en amis, pas en clients ». Une culture qui se prolonge jusque dans les assiettes : « Un soin particulier est accordé à la nourriture grâce à nos cultures en fruits et légumes entièrement traités sans pesticides », précise-t-il. Aidé par la fertilité naturelle du sol de l’oasis, Michel va jusqu’à introduire des espèces qui ne poussent naturellement pas dans la région : « J’ai fait le pari de planter mes arganiers et ça marche. Cette année, nous avons même pressé notre première huile d’argan. »


Un environnement sain qu’apprécient les visiteurs de Fint, à l’image de ce couple de Français, installés en tenue de sport sur la terrasse autour d’un tajine de légumes. Ces coachs sportifs, devenus créateurs de contenu en ligne, trouvent ici des conditions optimales pour à la fois «  se sentir en vacances  » et « réaliser des vidéos dans un décor exceptionnel ». Car au-delà de la retraite spirituelle qu’offre cet établissement très prisé par les pratiquants de yoga, l’oasis demeure un haut lieu de villégiature. Au programme des activités proposées : des randonnées plus ou moins sportives dans et autour de l’oasis, des balades en VTT ou à cheval.


Si vous souhaitez seulement profiter d’une journée paisible dans la nature, allez au bord de l’oued Fint, là où l’ombre des palmiers est la plus rafraîchissante. Vous y verrez des enfants patauger dans le cours d’eau calme et transparent et quelques familles installées sur des nappes en roseaux. Nous sommes accompagnés de Mohamed, gérant de l’écolodge qui est né et a vécu toute sa vie à Fint. Il nous propose de traverser l’oued à travers un petit chemin fait de cailloux qui émergent de la surface. De l’autre côté, une bande de terre étroite est la dernière surface plate avant les falaises basaltiques. Il s’arrête face à un bâtiment, portant l’inscription « Association des femmes de l’oasis de Fint ». Notre hôte nous explique que « cette coopérative permet aux femmes du village de proposer leurs tajines tous les week-ends ».


Skoura : L'éden de terre et de palmiers

Nous poursuivons notre chemin jusqu’au pied de la falaise où apparaît un décor comme sorti d’un film historique. « C’est normal, car c’est exactement à cet effet que cet ancien village est maintenu en l’état », nous explique Mohamed qui a vu ici plusieurs tournages ces dernières années. Quelques accessoires sont laissés à la disposition des prochains cinéastes, sur ce qui était autrefois la place centrale. Ce dispositif, qui ravit les visiteurs curieux d’arpenter pareille scène, est aussi un moyen de préserver l’écosystème de l’oasis en évitant d’y acheminer la lourde logistique des équipes de cinéma. Un art qui contribue aussi à faire vivre l’économie locale, notamment par le biais de l’emploi de techniciens et de figurants.


Au milieu des palmiers de l'Oasis de Fint, l'énergie du soleil est captée par des panneaux photovoltaïques. Crédit : Zakaria Mezgour / Le Desk


Nous quittons la prodigieuse oasis de Fint pour nous rendre dans un autre lieu incontournable du circuit autour d'Ouarzazate. Sur la route nationale RN 10 en direction de l’est, là où les eaux du Dadès déboulent depuis la montagne, se cache une étendue d’eau inattendue. C’est le lac du barrage El Mansour Eddahbi, mis en service en 1971 sur l’Oued Drâa. Cette immense retenue de 4 500 hectares emmagasine près de 560 millions de mètres cubes. Classé parmi les grands lacs artificiels du pays, il occupe une position charnière entre les sommets du Haut Atlas central et les falaises du Jbel Saghro. Loin d’être un simple ouvrage technique, il fut pensé pour freiner l’avancée du désert, réduire les inégalités régionales et offrir un avenir meilleur aux populations déshéritées de la vallée du Drâa. Grâce à ses eaux, plus de 25 000 hectares de terres agricoles sont irrigués, contribuant à la sécurité alimentaire de la région.


La vie aquatique y est prospère : des espèces venues d’ailleurs, comme le black-bass, la carpe commune ou la carpe koï, s’y sont acclimatées avec succès. Les carpes chinoises, particulièrement vigoureuses, y dépassent parfois les vingt kilos. Pour les pêcheurs amateurs, sachez que les autorisations se procurent auprès des services provinciaux des Eaux et Forêts. Encore un peu moins d’une heure de route et vous arrivez à l’oasis de Skoura, la plus grande de la région. Pour en saisir l’âme, il faut s’y enfoncer à pied, accepter de s’y perdre. Heureusement, ses habitants, parmi les plus agréables qui soient, vous remettront sur le chemin. Mieux vaut pourtant s’attacher les services d’un guide qui vous expliquera le système agricole ancestral, notamment les khattarat, ces galeries souterraines qui irriguent la palmeraie au goutte-à-goutte, une gestion millimétrée, vitale dans la gestion de la ressource face au climat.


La vue sur la palmeraie de Skoura depuis l'une des tours de la Kasbah d'Amridil. Crédit : Zakaria Mezgour / Le Desk


Au cœur de ce jardin foisonnant se dresse la Kasbah Amridil. Construite au XVIIe siècle, c’est un remarquable exemple de l’architecture amazighe : murs en pisé, tours crénelées, intérieurs soigneusement décorés. Sa beauté sobre et sa préservation exceptionnelle en font un véritable trésor patrimonial qu’il vous est possible de visiter. Entourée de palmiers et de jardins verdoyants, elle offre une vue spectaculaire et constante sur le désert alentour et l’éden frais dans lequel vous vous trouvez. À l’intérieur, cours silencieuses, terrasses, artisanat local où chaque détail raconte une histoire. Visiter Amridil, c’est plonger dans l’authenticité de la vie traditionnelle. Une escapade inoubliable pour les voyageurs en quête de tranquillité et de sens, là où l’écotourisme devient mémoire vivante.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.

Par
Le Desk Grand angle