S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
En clair
Les sièges d'Attijariwafa bank et de BCP à Casablanca Finance City.

n°1268.« Lazy banks » : la poignée d’entreprises publiques qui pèsent sur le crédit au privé

22.07.2026 à 12 H 36 • Mis à jour le 22.07.2026 à 13 H 46 • Temps de lecture : 24 minutes
Par
Bank Al‑Maghrib chiffre l'effet d'éviction. Chaque point de PIB d'actifs publics logés dans les banques ampute de 0,79 point le crédit au privé, mais la Banque centrale ne nomme personne. Le gros du volume est le fait du Trésor, le reste est capté par une brochette d’EEP pour leurs besoins de financement démultipliés à l'horizon 2030

Le chiffre est passé presque inaperçu, noyé dans un encadré technique de la partie financement du rapport annuel 2025 de Bank Al‑Maghrib. Sur des données trimestrielles couvrant les exercices 2001 à 2025, la Banque centrale estime qu'une hausse d'un point de PIB des actifs publics détenus par les banques (bons du Trésor et crédits aux entreprises publiques) s'accompagne, à long terme, d'une baisse de 0,79 point de PIB du crédit accordé aux entreprises privées. L'institution met un coefficient sur un débat ancien. Mais le rapport, fidèle à sa réserve, en reste à l'agrégat : il décrit un « secteur public  » abstrait qui mobilise le financement bancaire, sans jamais désigner les entités concernées. D’autres sources comblent ce blanc.


Les ordres de grandeur que livre la Banque centrale disent l'ampleur du phénomène. Les prêts bancaires aux entreprises publiques ont progressé de 9,8 % par an en moyenne entre 2023 et 2025, portant leur part dans le crédit au secteur non financier de 6,7 % sur 2017-2019 à 8,4 %. Dans le même temps, le poids des bons du Trésor dans l'actif des banques est passé de 9,9 % à 13,7 %, pour atteindre 287,2 milliards de dirhams (MMDH) à fin 2025, plus du double du collatéral dont les banques ont besoin pour se refinancer auprès de Bank Al‑Maghrib. L'État, sous ses deux visages (Trésor emprunteur et entreprises publiques emprunteuses), occupe une place croissante dans les bilans bancaires. Reste la question que le rapport n'aborde pas : lesquelles de ces entreprises ?


Une poignée d'entités, l'essentiel de la dette

La réponse, cette fois, se lit noir sur blanc. Le rapport détaillé sur les établissements et entreprises publics (EEP) annexé au projet de loi de finances 2026 donne la dette de financement de chaque grand opérateur à fin 2024. Et le classement est éloquent. Le groupe OCP arrive en tête, avec 79,9 MMDH, en hausse de 30 %, suivent l'ONEE (près de 55 MMDH), l'ONCF (41,2 MMDH), Autoroutes du Maroc (38 MMDH), Tanger Med (18,1 MMDH), Masen (15,3 MMDH) et l'ONDA (6,5 MMDH). Une poignée d'opérateurs de réseau et d'infrastructure porte ainsi l'essentiel de l'endettement du portefeuille public et ce sont eux, mécaniquement, qui pèsent le plus sur les ressources que les banques pourraient prêter ailleurs.


Une réserve, de taille, s'impose aussitôt sur le premier de ce classement. Si OCP est le plus endetté, sa dette est levée pour l'essentiel sur les marchés obligataires, marocain et international (2 milliards de dollars, soit 19,9 MMDH, pour la seule émission de mai 2024, sans compter les opérations hybrides de cette année, 1,5 milliard de dollars et 5 MMDH), plutôt qu'au guichet des banques. Elle ne puise donc guère dans le crédit bancaire domestique. On y reviendra : le plus gros débiteur public n'est pas le plus gros évinceur. Mais une fois OCP mis à part, le podium de la dette (ONEE, ONCF, ADM) est aussi, et ce n'est pas un hasard, celui de la garantie de l'État.

Abonnez-vous pour continuer la lecture

à partir de 40 dh par mois

(facturé annuellement)

Choisir une offre
Par
Le Desk En clair