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Le bloc notes de la rédaction

La forêt de la Maâmora
Biodiversité

À la forêt de la Maâmora, les chênes-lièges se révèlent des remparts climatiques d’exception

17.11.2025 à 15 H 16 • Mis à jour le 17.11.2025 à 15 H 16 • Temps de lecture : 5 minutes
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La plus grande chênaie-liège de plaine au monde, située entre Rabat et Kénitra, continue de croître, de stocker du carbone et de renforcer la résilience climatique du Maroc, surtout lorsqu’elle dépasse les cent vingt ans d’âge

Au cœur du Nord-Ouest du royaume, entre Rabat et Kénitra, s’étend un écosystème dont l’importance excède largement le paysage qu’il habille. La forêt de la Maâmora, autrefois un massif dense de chêne-liège couvrant plus de 133 000 hectares, n’en conserve aujourd’hui qu’un peu plus de la moitié. Pourtant, un nouveau travail scientifique vient rappeler ce que ce vestige naturel représente encore pour le climat du Maroc. Publiée récemment dans le Journal of the Saudi Society of Agricultural Sciences, une étude menée par une équipe de l’École Nationale Forestière des Ingénieurs démontre que cette forêt demeure un puits de carbone actif et massif, en particulier dans ses peuplements les plus âgés.


Dans un contexte où le Maroc multiplie les engagements internationaux en matière de décarbonation, l’enjeu dépasse la seule défense de la biodiversité. Il s’agit d’un patrimoine climatique dont les bénéfices invisibles garantissent une part de la souveraineté environnementale du pays.


Le vieux dogme sur les forêts sénescentes déjoué

L’étude se distingue par sa méthodologie précise fondée sur une chronoséquence de six classes d’âge allant de jeunes plantations de moins de dix ans à des peuplements dépassant 120 ans. Les chercheurs ont mesuré l’ensemble des réservoirs de carbone définis par le GIEC, c’est-à-dire la biomasse aérienne et souterraine, la nécromasse que constituent la litière et le bois mort, et le sol. Les résultats brisent un vieux dogme selon lequel les forêts anciennes cesseraient d’accumuler du carbone en raison du ralentissement de leur croissance.


À Maâmora, le phénomène inverse se produit. Plus les chênes-lièges vieillissent, plus leur capacité de stockage augmente. Les peuplements juvéniles de moins de dix ans n’emmagasinent qu’environ 49 tonnes de carbone par hectare. Ceux qui ont franchi le seuil du siècle dépassent 231 tonnes.


L’expression n’est pas galvaudée : ces arbres centenaires sont des coffres-forts climatiques. Chaque abattage d’un de ces géants libère une part de ce capital dans l’atmosphère.


Le second enseignement est tout aussi déterminant. Le sol représente le réservoir principal, cumulant plus de 61 % du stock total. Ce rôle invisible fait de la qualité des sols un enjeu climatique autant qu’agronomique. La nécromasse, bien que minoritaire, joue quant à elle un rôle d’interface essentiel entre arbre et sol grâce à la décomposition de la matière organique. Les chercheurs observent néanmoins une faiblesse structurelle de cette composante à Maâmora, signe d’une exploitation historique trop intensive.


Un puits de carbone sous pression

L’étude fonde ses conclusions sur des sites officiellement protégés mais qui, comme le reconnaissent les auteurs, ont pu avoir subi des prélèvements antérieurs. La collecte du bois mort pour le chauffage domestique, le surpâturage chronique et la densité réduite du sous-bois ont profondément marqué l’équilibre biogéochimique de la forêt. Ces usages humains ont limité l’expansion de la strate arbustive et appauvri la litière, ralentissant la reconstitution du carbone dans les sols.


L’impact est d’autant plus préoccupant que les sols de Maâmora, typiquement sablo-argileux, présentent une faible capacité de rétention en eau et en nutriments. La résilience de l’écosystème repose ainsi presque exclusivement sur la biologie du chêne-liège, une espèce méditerranéenne emblématique, lente à pousser mais profondément enracinée, capable à elle seule de maintenir le cycle du carbone dans des conditions climatiques de plus en plus éprouvantes.


La géopolitique du climat s’écrit aussi dans les forêts

À l’échelle de la forêt entière, les chercheurs estiment que les seuls chênes-lièges de Maâmora stockent près de dix millions de tonnes de carbone.


La mise en valeur de ce capital pourrait s’intégrer à une stratégie de souveraineté climatique, qu’il s’agisse d’intégrer pleinement la forêt dans les inventaires nationaux de gaz à effet de serre ou d’explorer les mécanismes de financement carbone basés sur la protection des puits naturels.


Reconnaître que les vieux peuplements demeurent actifs dans la séquestration ouvre une perspective nouvelle dans la gestion forestière. Plutôt que d’envisager le renouvellement systématique par la coupe de régénération, la science montre que la maturité forestière représente une valeur ajoutée en termes de climat. Ce paradigme renforce la nécessité d’éviter l’effondrement accéléré des peuplements anciens et de reconstituer une pyramide d’âges équilibrée.


La reconquête du sous-bois, la limitation du piétinement animal, l’arrêt de la collecte du bois mort, la restauration des continuités écologiques et une politique ambitieuse de replantation adaptée au climat présent et futur deviennent les leviers d’une même stratégie. La forêt n’est plus seulement un lieu d’extraction de ressources, elle devient un outil de stabilisation du climat.


Des arbres centenaires comme héritage climatique

Maâmora révèle aujourd’hui une vérité que la science avait longtemps sous-estimée. Les grands arbres, loin de devenir inutiles en vieillissant, continuent d’accumuler du carbone et de soutenir la vigie climatique du pays. En cela, chaque chêne-liège centenaire incarne un fragment du futur, stabilisé dans son tronc, ses branches, ses racines et son humus.


La bataille du climat ne se joue pas uniquement dans les COP ou dans les laboratoires. Elle se joue aussi dans le silence des sous-bois, dans le vieillissement patient des arbres et dans la lente maturation d’un sol qui garde la mémoire du carbone. Préserver les vieux peuplements de la Maâmora, redonner vigueur à ceux qui dépérissent et régénérer le tissu écologique du massif revient à protéger un patrimoine sans cesse actif.

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Le Desk Culture