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Art

En marge de la foire 1-54, Loft Art Gallery débarque à Marrakech

12.02.2024 à 22 H 23 • Mis à jour le 13.02.2024 à 08 H 34 • Temps de lecture : 6 minutes
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Inauguré le jeudi 8 février lors de la foire d'art contemporain africain 1-54, le deuxième lieu d'exposition de Loft Art Gallery, situé au cœur du quartier de Guéliz à Marrakech, a pour dessein de dynamiser l’art contemporain du continent et de valoriser les artistes. Cette inauguration officielle de la galerie a été marquée par le vernissage d’une grande exposition intitulée « Amur Yakus ». Visite guidée

Quelques mois auparavant, l'ouverture représentait pour la galerie un plongeon dans l'inconnu. Au terme du vernissage, les visages prirent des couleurs radieuses... Alors, heureuse ? « Je suis bien sûr ravie de constater que les spectateurs, dans leur ensemble, ont apprécié l'exposition. Cela nous encourage à faire encore mieux...  », répond Yasmine Berrada Sounni, co-fondatrice de la galerie. Ces propos euphémiques ne parviennent pas à refléter pleinement l'étendue du talent dont la galerie a fait preuve lors de ce vernissage. Une expo de derrière les fagots, s’accordent à dire les personnes que nous avons interrogées.


Pour l'occasion, la galerie s'est attachée les services d'un cabinet d'architecture ayant pignon sur rue à Marrakech : Aire Au Carré, mené par le couple Dorothée Ricard et Sylvain Ragueneau. Le duo, déjà rompu à de prestigieux chantiers dans la ville ocre (Villa des Orangers, Mouton Noir, une partie de Riad El Fenn, etc), a effectué une mission en un temps record. Le résultat a de quoi ravir. De l'immeuble, jadis plus ou moins banal, datant des années 50', on retrouve un somptueux lieu rénové, et embelli. De quoi fournir à l'exposition qui s'ouvre ce 8 février, un lieu idéal pour la manifestation des artistes conviés.


Selon un collectionneur qui préfère garder l'anonymat, cette exposition « est l'une des plus belles de la 1-54 », ajoutant, « réellement, l'exposition est d'une qualité remarquable, à l'image des artistes. C'est un excellent cru, si je puis m'exprimer ainsi ». Un autre amateur d'art, tout aussi sincère dans ses éloges, déclare : « Il y a une belle cohérence entre les démarches artistiques. Tout est au rendez-vous  et c'est impeccablement organisé, voilà  ». Un visiteur, quant à lui, partage également cet avis, l'exprimant avec élégance : « J'assiste à une excellente exposition collective, où l'art est, bien sûr, la pièce maîtresse. On y découvre différentes approches artistiques  ». Ces propos sont corroborés par un autre participant, qui, après avoir émis quelques réserves plaisantes sur « le caractère fantaisiste » des œuvres présentées et « la multitude de références » qui les sous-tendent, conclut de manière aussi concise que pleine d'enthousiasme : « ça fait rêver ».


Au rayon des artistes, notre collectionneur estime qu'il n'y a rien à rejeter, pour ainsi dire : « chacun possède un style particulier ». Il avoue avoir eu un coup de cœur pour Othmane Bengebara, architecte reconverti il y a quelques années dans l'art. « j'ai également été impressionné par la finesse de Walid Ardhaoui. Et comment oublier Amina Rezki  ». Tous ces artistes, bien que différents, suivent des formes assez strictes. À ces talents, on pourrait ajouter volontiers Mous Lamrabat, dont les jeux sur les transparences sont saisissants.


Mous Lamrabat, Kingdom of lions, 2019.


En somme, l'exposition présentée par Loft Art Gallery est époustouflante, démontrant ainsi sa capacité à innover et à surprendre à chaque occasion. Comme le résume notre collectionneur en une phrase : « la magie de cette galerie réside dans son pouvoir d'innovation ». En attendant les prochaines cerises, nous garderons en mémoire cette représentation des figures influentes telles que Mohamed Melehi, Farid Belkahia, Malika Agueznay, Mohamed Hamidi et Abdelkrim Ghattas, dont l'impact révolutionnaire sur le paysage artistique marocain se reflète à travers des couleurs audacieuses, des motifs abstraits et un engagement à intégrer des techniques artisanales traditionnelles dans l'art contemporain. Enfin, un hommage a été rendu à l'artiste exceptionnelle Marion Boehm avec une sélection spécialement organisée d'œuvres reflétant son intégrité artistique, sa vision conceptuelle et sa beauté esthétique.


Allégories, symboles et formes abstraites

Cette exposition collective, intitulée « Amur Yakus », rend hommage à Marrakech en tant que creuset de cultures et de rencontres diverses. Elle s'intéresse également à la diversité esthétique et conceptuelle des talents contemporains de tout le continent, établissant des dialogues entre leurs visions artistiques uniques.


Œuvres de Farid Belkahia, réalisées en 1995. Technique mixte sur peau, 76 x 63 cm (à gauche), 76 x 62 cm (à droite).


On y retrouve Mohamed Melehi, figure emblématique de la modernité artistique marocaine, qui a joué un rôle essentiel dans le façonnement de l’esthétique des réseaux artistiques postcoloniaux et panarabes grâce à ses expérimentations géométriques. Farid Belkahia, autre grande figure de la peinture marocaine, qui a fusionné habilement l'abstraction avec les éléments naturels de la culture marocaine, contribuant ainsi à définir les codes de la modernité artistique au Maroc.


Mohamed Hamidi, précurseur de l’art moderne au Maroc, reconnu pour ses explorations du corps et des symboles africains dans ses œuvres, marquées par des couleurs éclatantes et des formes épurées. Abdelkrim Ghattas, défenseur du patrimoine marocain et de l’abstraction hard-edge, qui poursuit son exploration de l'abstraction géométrique et du chromatisme dynamique. Malika Agueznay, pionnière de l’abstraction au Maroc qui a contribué à la modernité artistique aux côtés des figures de l’École de Casablanca. Les recherches sur les formes, les lignes et la couleur de cette dernière ont laissé une marque indélébile sur le mouvement artistique marocain. Mais, au-delà du plaisir du déchiffrement auquel elles convient, les œuvres forcent l’admiration.


Othmane Bengebara, Saturday, 2022, peinture à l'huile sur miroir bleu.


Joana Choumali explore visuellement des thèmes universels tout en offrant une perspective onirique face aux défis du monde contemporain. Amina Agueznay, artiste multidisciplinaire, mêle avec brio les techniques d’architecture, d’orfèvrerie et de tissage traditionnel dans ses œuvres, offrant ainsi une exploration infinie de l'art.


Othmane Bengebara, dont l'œuvre se concentre sur le carré, interroge le rapport de l'individu à l'espace et à la narration dans la société contemporaine, offrant une réflexion profonde sur la vie et ses cycles. Morran Ben Lahcen, à travers ses lignes épurées et ses dimensions symboliques, donne une dimension tangible à l'invisible, explorant ainsi la relation entre l'individu et le temps.


Walid Ardhaoui, Fish market 2, huile et acrylique sur lin, 130 x 100 cm.


À cette généreuse manifestation, l'art de Amina Rezki, Walid Ardhaoui et Mous Lamrabat apporte un écot substantiel et diversifié. Amina Rezki, dont les œuvres se caractérisent par une forte présence de la figuration et un désir de représentation, offre des tableaux empreints de visages, corps et scènes dantesques.


L'hyperréalisme de Walid Ardhaoui agit comme un intermédiaire entre la réalité et l'inconscient, lui permettant de transcender les frontières de la langue et de la culture. Mous Lamrabat, photographe autodidacte, réinvente la photographie de mode avec ironie, dénonçant la société de consommation tout en offrant une perspective nouvelle sur la culture marocaine.


Une œuvre de Kyle Meyer.


Kyle Meyer, lui, il a entrepris une quête méticuleuse pour explorer les techniques artisanales afin de révéler le potentiel tactile de la photographie. Chaque création intègre des éléments faits à la main, comme le tissage, la teinture manuelle ou les superpositions, ajoutant ainsi texture, dimension et une profonde signification à son travail.


Bien que cette quête soit expérimentale et guidée par le processus, elle reflète également une réflexion intime sur l’identité de l’artiste. En tissant habilement des éléments photographiques et sculpturaux, ses œuvres expriment métaphoriquement des thèmes tels que l'isolement, l'oppression, la mémoire et la perte, remettant en question la puissance de la photographie numérique en valorisant les qualités haptiques de l'artisanat.


Au sortir de cette exposition, « Amur Yakus », où l’on avait droit à une expérience artistique riche et stimulante, on ne peut qu'applaudir des deux mains le travail entrepris par la galerie. Longue vie à ce nouvel espace d’art.

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Le Desk Culture