Le bloc notes de la rédaction
Le Maroc classe pour la première fois des œuvres d’art dans le patrimoine national
Pour la première fois dans l’histoire du Maroc, des œuvres d’art conservées au sein du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) à Rabat ont été officiellement classées au patrimoine national. Un décret en ce sens, signé par le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaïd, a été publié au Bulletin officiel du 19 juin 2025, après validation du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch.
Ce classement, prévu par le décret n° 2.25.317 du 3 juin 2025, inscrit dans la liste des « objets classés au titre des antiquités » un ensemble de tableaux et sculptures issus de la collection permanente du MMVI. Il s'agit d'une mesure juridique forte qui interdit désormais toute modification, restauration ou déplacement de ces œuvres sans l'autorisation expresse du ministère de tutelle.
La décision s'appuie sur la loi n° 22.80 relative à la conservation des monuments historiques, des sites, des inscriptions, des œuvres d’art et des objets d’antiquité, promulguée par dahir en 1980, ainsi que sur le décret d’application de 1981. Le classement a été engagé sur demande de la Fondation nationale des musées (FNM), formulée en décembre 2024, et avalisé par la commission consultative prévue par la loi.
Parmi les œuvres désormais protégées, plusieurs pièces majeures de l’art moderne marocain, dont des peintures signées de figures emblématiques telles que Miloud Labied ou Chaïbia Talal, ainsi que des compositions anonymes et objets sculptés. Le décret est accompagné d’un inventaire illustré précisant les dimensions, techniques et auteurs des œuvres concernées.
Mehdi Bensaïd a salué cette mesure comme « un pas décisif vers la reconnaissance institutionnelle de la valeur patrimoniale de notre création artistique moderne », soulignant qu’il s’agit d’une première étape vers une généralisation du classement à d’autres œuvres majeures détenues par les musées publics marocains.
Ce tournant intervient dans un contexte de réforme profonde du secteur muséal au Maroc, amorcée depuis plus d’une décennie avec l’inauguration du MMVI en 2014 et l’implication de la FNM. Le classement au patrimoine national, jusque-là réservé aux monuments architecturaux ou aux objets archéologiques, s’élargit ainsi aux expressions artistiques modernes, dotant l’État d’un nouvel outil juridique pour préserver ce pan de la mémoire collective.
Ce geste autant symbolique que juridiquement contraignant ouvre également la voie à de futures protections similaires dans les autres établissements muséaux du Royaume. Il devrait permettre, à terme, de bâtir un corpus officiel des chefs-d’œuvre de l’art moderne marocain reconnus et protégés par l’État.
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