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Le bloc notes de la rédaction

Paléontologie

Les fossiles du prédateur marin « le plus mortel » de son temps découverts au Maroc

06.03.2024 à 10 H 43 • Mis à jour le 06.03.2024 à 10 H 54 • Temps de lecture : 6 minutes
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Les fossiles d’une nouvelle espèce de mosasaures découverts au Maroc livrent de nouveaux secrets sur l’évolution d’un écosystème marin extrêmement diversifié qui a prospéré sur ses côtes il y a plus de 60 millions d’années

« Encore un autre terrifiant mosasaure prédateur du Maroc ». Des scientifiques ont découvert une nouvelle espèce de mosasaure, un redoutable lézard marin ayant vécu aux côtés des dinosaures. La découverte, qui élucide plusieurs aspects d’une époque méconnue et « inhabituellement » riche en termes de biodiversité a été faite dans une mine de phosphate au sud-est de Casablanca.


La créature, nommée Khinjaria acuta, avait un museau court et des dents longues et acérées capables de percer la chair de sa proie. Elle faisait partie des nombreux prédateurs géants qui prospéraient dans l'océan Atlantique près du royaume, il y a 66 millions d'années. L’étude, publiée dans Cretaceous Research et qui a impliqué des chercheurs du Royaume-Uni, de France, des États-Unis et d'Espagne, s’est basée sur un crâne et des parties du squelette de la créature retrouvées


Un prédateur « cauchemardesque » dans un écosystème marin mortel

Les mosasaures n'étaient pas des dinosaures mais des parents éloignés des dragons de Komodo et des anacondas d'aujourd'hui. Ils mesuraient jusqu'à 18 mètres de long et dominaient les mers pendant le Crétacé, la dernière ère des dinosaures. Selon les scientifiques derrière cette découverte, Khinjaria mesurait environ 5 mètres de long, mais ses dents étaient plus grandes que celles d'un grand requin blanc. « Certaines mosasaures avaient des dents pour percer leur proie, d'autres pour couper, déchirer ou écraser. Maintenant, nous avons Khinjaria, avec un visage court rempli de dents énormes en forme de poignard », ont commenté les auteurs de l’étude.


Le professeur Nick Longrich de l'Université de Bath, qui a dirigé l'étude, a décrit l'espèce comme étant « étrange » et ayant « le visage d'un démon et des dents comme des couteaux ». Ses dents et sa mâchoire puissante donnaient à la créature une « apparence cauchemardesque » et « une force de morsure terrible ». « L'allongement de la partie postérieure du crâne, qui logeait la musculature de la mâchoire, suggère une force de morsure terrible », a-t-il étayé.


C’est d’ailleurs de ces caractéristiques que les chercheurs se sont inspirés le nom de la créature. Le mot « khinjar » étant un mot arabe pour « poignard », et acuta étant latin pour « tranchant », donc littéralement, l’espèce a été nommé « poignard tranchant » ou « couteau tranchant », a ajouté le chercheur.


Un nouveau membre s’ajoutant à la famille des prédateurs marins ayant vécu à cette époque, les chercheurs ont été stupéfaits par la diversité des prédateurs de haut niveau qui coexistaient dans les mers anciennes. « Nous avons plusieurs espèces dépassant la taille d'un grand requin blanc, et ce sont des prédateurs de haut niveau, mais elles ont toutes des dents différentes, ce qui suggère qu'elles chassaient de différentes manières », a déclaré le professeur Nick Longrich de l'Université de Bath, qui a dirigé l'étude.


Les chercheurs pensent que l'abondance de proies de grande taille, telles que les poissons, les tortues de mer et d'autres reptiles marins, a soutenu la diversité des prédateurs. Ils suggèrent également que l'environnement, comme le climat, les courants océaniques et la disponibilité des nutriments, a pu jouer un rôle. « Il s'agit de l'une des faunes marines les plus diverses jamais observées, à n'importe quel moment de l'histoire, et elle existait juste avant l'extinction des reptiles marins et des dinosaures », a ajouté le même expert.


Des côtes marocaines favorables à la biodiversité

Les conditions près des côtes marocaines, avec une mer épicontinentale chaude et des eaux riches en nutriments, ajoute l’étude, étaient aussi favorable à l’évolution de tant d’espèces marine. Selon la professeure Nathalie Bardet, qui travaille au musée national d'histoire naturelle des États-Unis (NMNH), « le dépôt de phosphates au Maroc s'est produit dans une mer épicontinentale peu profonde et chaude. La mer était influencée par un système de remontées d'eau causé par la montée d'eaux profondes, froides et riches en nutriments vers la surface  ».


Ce phénomène a rendu une quantité substantielle de nourriture disponible pour de nombreuses créatures marines, permettant à de nombreux prédateurs de proliférer dans ces milieux. Ces facteurs ont probablement contribué à « l'exceptionnelle biodiversité paléontologique observée au Maroc pendant les dernières étapes du Crétacé », ajoute la même scientifique.


Un autre chercheur du NMNH a déclaré que les phosphates trouvés au Maroc « nous ramènent aux mers du Crétacé supérieur pendant la dernière ère géologique des dinosaures ». Ce dépôt particulier a produit de nombreux fossiles et espèces de cette période, a-t-il ajouté, citant les nombreuses espèces découvertes dans le pays. Parmi les découvertes figurent Thalassotitan, une créature marine géante, Xenodens, un mosasaure aux dents en scie, Stelladens, un mosasaure aux dents en forme d'étoile et maintenant Khinjaria, un mosasaure nouvellement découvert aux dents en forme de poignard.


Un monde transformé par un astéroïde

Les multiples découvertes faites au Maroc éclairent donc énormément les chercheurs sur une époque bien différente de la nôtre. L'écosystème marin riche et diversifié du Crétacé a été « brusquement anéanti » par un immense astéroïde qui a frappé la Terre il y a 66 millions d'années. « L'impact a créé une catastrophe mondiale qui a tué la plupart des formes de vie sur la planète, y compris les dinosaures et les mosasaures  », indique le groupe de scientifiques.


Les rares survivants, tels que les mammifères, les oiseaux et les lézards, ont évolué pour occuper les niches écologiques laissées par les espèces éteintes. Les océans ont également changé, donnant naissance à de nouveaux groupes d'animaux, tels que les baleines, les phoques et les poissons modernes. Résultat : l'écosystème marin moderne est très différent de l'ancien.  « Il semble y avoir eu un énorme changement dans la structure de l'écosystème au cours des 66 millions d'années écoulées », a déclaré Longrich, soulignant que « cette incroyable diversité de prédateurs de haut niveau dans le Crétacé supérieur est inhabituelle, et nous ne la voyons pas dans les communautés marines modernes  ».


Les chaînes alimentaires marines modernes ont quelques grands prédateurs apex, tels que les orques, les requins blancs et les phoques léopards. Le Crétacé avait toute une série de prédateurs de haut niveau comme Khinjaria. Le professeur Longrich explique que tandis que « les écosystèmes actuels ont des prédateurs tels que les baleines à fanons et les dauphins qui se nourrissent de petites proies, pendant le Crétacé, de nombreuses espèces de reptiles marins existaient qui chassaient des animaux plus grands ».


Selon lui, les changements dans la distribution des acteurs ne sont pas les seuls changements intervenus, mais « l'histoire a subi des transformations significatives ». Cependant, la raison de ce changement dans l'écosystème demeure encore inconnue. Quoi qu’il en soit, alors que les terres, et mers, marocaines continuent à livrer de nouveaux secrets sur l’histoire de la Terre, à travers ces fossiles bien sauvegardés pendant des millions d’années, une chose est sûre : « c’était une période incroyablement dangereuse pour être un poisson, une tortue de mer, ou même un reptile marin », ironise le scientifique.

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