Le bloc notes de la rédaction
Une étude prédit l’expansion de la leishmaniose cutanée au Maroc sous l’effet du changement climatique
Selon des chercheurs marocains, le réchauffement climatique pourrait élargir d’un important pourcentage les zones favorables à la propagation de Leishmania major et de ses vecteurs, responsables d’une maladie de la peau, exposant de nouvelles régions comme le Rif et le Haut Atlas.
La leishmaniose cutanée zoonotique, causée par le parasite Leishmania major, demeure l’une des principales maladies vectorielles endémiques au Maroc. Transmise par le moucheron Phlebotomus papatasi et entretenue dans la nature par le rongeur Meriones shawi, elle se concentre aujourd’hui principalement dans le sud-est du pays. Chaque année, elle touche des milliers de personnes, laissant des cicatrices cutanées qui marquent durablement les patients infectés.
Depuis deux ans, les cas de leishmaniose se sont multipliés dans les provinces de Tiznit et de Zagora. Selon l’Institut Pasteur, ces affections représentent un problème de santé publique au Maroc, non seulement à cause du nombre de cas enregistrés chaque année, mais aussi à cause de la large répartition de la maladie sur le territoire marocain, la diversité des espèces de leishmanies et la diversité des formes cliniques ainsi qu’en raison de tous les facteurs socio- économiques, climatiques et environnementaux ayant un impact sur la propagation de la maladie.
Une projection climatique inédite
Pour anticiper l’évolution de cette maladie, une équipe de chercheurs marocains a publié dans la revue scientifique Frontiers in Tropical Diseases une modélisation de l’impact du changement climatique sur la distribution future du parasite, de son vecteur et de son réservoir. S’appuyant sur les grands scénarios climatiques internationaux (RCP 2.6, 4.5, 6.0 et 8.5), ils ont évalué l’évolution des zones favorables à la maladie d’ici la fin du siècle. Leur approche, fondée sur les modèles de niche écologique, permet de croiser les données bioclimatiques avec les occurrences connues des espèces pour anticiper leurs aires potentielles futures.
Les résultats confirment que la maladie ne restera pas cantonnée à ses foyers traditionnels. Aujourd’hui, la Leishmania major est surtout concentré dans les provinces du sud-est, alors que la Phlebotomus papatasi s’étend sur une large partie des régions centrales et que la Meriones shawi couvre presque l’ensemble du territoire, à l’exception des provinces du Sud.
Or, les projections climatiques indiquent une expansion progressive des zones favorables. L’aire de distribution de la Leishmania major gagnerait entre 1,5 et 1,6 % en surface, avec une progression vers l’est, le Haut Atlas et le Rif. L’expansion serait plus nette encore pour le vecteur et le réservoir, avec une progression comprise entre 3,5 et 5,9 %. Dans le même temps, les pertes d’habitat resteraient marginales, ne dépassant pas 0,6 % pour l’ensemble des trois espèces.
De nouveaux foyers à surveiller
Cette dynamique laisse présager l’apparition de foyers dans des zones jusque-là peu concernées, notamment dans le Rif et le Haut Atlas. Les auteurs de l’étude soulignent que le changement climatique pourrait ainsi transformer la géographie sanitaire du pays, en élargissant l’aire d’endémie de la leishmaniose cutanée. Ils insistent sur la nécessité d’une vigilance accrue, passant par le renforcement de la surveillance épidémiologique et la mise en place de mesures de prévention ciblées.
En intégrant la variable climatique dans l’analyse, cette recherche fournit un outil d’anticipation inédit aux décideurs en santé publique. Elle confirme que le réchauffement climatique ne représente pas seulement un enjeu environnemental, mais qu’il agit aussi comme un facteur aggravant pour les maladies vectorielles : sans adaptation des politiques sanitaires, le Maroc pourrait voir s’élargir le spectre des régions touchées par la leishmaniose cutanée dans les années à venir.
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