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n°429.Algérie: Ils lâchent Bouteflika et soutiennent Gaïd, le système dans toute sa laideur

28.03.2019 à 11 H 17 • Mis à jour le 28.03.2019 à 11 H 17
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Ahmed Gaïd-Salah n’a pas pris la place de Bouteflika, mais pour les laudateurs du système, c’est comme si. Déjà on applaudit tout ce qu’il dit, même lorsqu’il pousse vers la sortie celui qu’ils ont adoré pendant deux décennies. N’ont-ils pas qualifié Bouteflika de prophète ?

Les Algériens sont sortis dans la rue par millions réclamer le départ de tout le système, de Bouteflika, de sa fratrie et de son entourage.


Après plus d’un mois de manifestations qui ont émerveillé le monde autant par leur ampleur que par leur pacifisme, le chef de l’armée est intervenu pour proposer une solution aux contours encore flous mais qui comporte au moins la satisfaction de la première revendication, soit la démission ou, s’il le faut, la destitution de celui qui s’accroche encore après vingt ans au pouvoir.


Ahmed Gaïd-Salah n’a fait qu’une proposition, mais tout le monde sait que la parole de l’armée dans ce genre de conjoncture a valeur d’oracle. Bouteflika partira sous une forme ou une autre, il n’y a plus de doute.


Les premiers à l’avoir compris sont les thuriféraires qui vingt ans durant ont couvert de louanges le président, l’ont soutenu dans toutes ses décisions et applaudit toutes ses déclarations. Ils sont aussi les premiers à le poignarder dans le dos. Bouteflika n’est pas encore complètement tombé qu’ils se précipitent pour accélérer sa chute, sans états d’âme ni scrupules.


Au lendemain du discours de Gaïd à Ouargla, les Algériens ont sans doute compris qu’une longue bataille les attend : le système dont ils ne veulent plus ne compte pas partir. Il est toujours là, dans toute sa splendeur.


Ahmed Ouyahia, l’homme qui partage plus que tout autre le bilan de Bouteflika s’est fendu d’un communiqué sans que personne n’ait demandé son avis. Sans surprise, il renie son maître d’hier et se range du côté du puissant du moment. Le puissant, du moins croit-on, c’est le chef d’état-major de l’ANP.


Ahmed Gaïd-Salah n’a pas pris la place de Bouteflika, mais pour les laudateurs du système, c’est comme si. Déjà on applaudit tout ce qu’il dit, même lorsqu’il pousse vers la sortie celui qu’ils ont adoré pendant deux décennies. N’ont-ils pas qualifié Bouteflika de prophète ?


Abdelmadjid Sidi-Saïd ne s’est pas gêné non plus pour saluer l’appel à la destitution du président. En attendant les autres. Le FLN réfléchit encore à la manière dont il annoncera son reniement.


Plus que par l’entêtement de Bouteflika, les citoyens sont écœurés par l’attitude des soutiens traditionnels du régime. Ils expriment cet écœurement sur les réseaux sociaux.


Que faudra-t-il donc pour qu’ils comprennent que c’est eux et leurs pratiques que le peuple désigne quand il réclame le départ du système ? Ils l’ont peut-être déjà compris, mais c’est dans leur ADN : ils ne peuvent concevoir leur existence qu’aux côtés du puissant du moment. Depuis l’indépendance, la vie politique nationale est une alternance de soutiens zélés puis de reniements spectaculaires. C’est le moment que les choses changent. Le peuple est sorti par millions dans la rue et ce n’est pas pour voir perdurer ces perfidies.


Les soutiens du système, ce sont aussi beaucoup de médias. Un retournement de veste spectaculaire s’est opéré chez les journaux et chaînes de télé proches du pouvoir au lendemain de la sortie du chef de l’armée.


Certaines chaînes de télévision, qui encensaient Bouteflika il y a encore quelques semaines et soutenu le cinquième mandat, se sont subitement transformées en machines à dénoncer le président et son entourage, quitte à verser dans la diffamation et l’invective.


Mais le plus inquiétant, c’est l’attitude des médias publics. L’agence officielle, la Radio, l’ENTV, El Moudjahid et les autres titres ont rapporté les propos de Gaïd-Salah comme ils le faisaient pour ceux de Bouteflika. L’ont-ils fait sur injonction, d’autant plus que la télévision publique a changé de directeur la veille seulement ? Si tel est le cas, cela signifie que la rue n’a pas de quoi pavoiser. Il serait même légitime qu’elle pense que le système est en train de tenter de se régénérer et que l’ébauche de plan de sortie de crise dévoilée par le chef d’état-major de l’ANP n’est qu’un leurre destiné à vider la contestation de sa substance.


Ce n’est peut-être pas à tort que les chefs de l’opposition ont unanimement rejeté la proposition de l’application de l’article 102 de la constitution. On ne prétend pas changer un système tout en reproduisant ses pratiques et en se faisant soutenir par ses visages les plus emblématiques.

Par Makhlouf Mehenni
En partenariat avec TSA
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