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n°56.Où en est le procès des sept migrants arrêtés à Gourougou ?

12.08.2016 à 18 H 07 • Mis à jour le 20.08.2016 à 13 H 55
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Le 22 juillet, sept migrants subsahariens sont arrêtés par la police et accusés d'avoir mis le feu « délibérément » à la forêt de Gourougou. Depuis, ils attendent d’être jugés...

Le 8 août dernier, l’ambiance était tendue à la salle 2 du Tribunal de première instance de Nador. Le procès des sept migrants arrêtés suite, à un feu de forêt déclaré le 21 juillet sur le mont de Gourougou, près de Melillia, est reporté pour la troisième fois en deux semaines. Faute de traducteur, ce procès peine à démarrer. Les migrants arrêtés font savoir leur colère à l’enceinte même du tribunal. « Nous sommes intervenus pour demander la présence d’un traducteur pour cette troisième audience, mais en vain », déplore Abdelkader El Alamine, membre de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) à Nador.


Face à la colère des accusés, le juge promet d’assurer la présence d’un traducteur pour la prochaine audience, prévue le 16 août prochain. Avant même le début du procès, les chefs d’accusations retenus contre les prévenus contredisent la version des faits annoncée par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).


Ces migrants sont-ils à l’origine de l’incendie du 21 juillet ?


Le 24 juillet 2016, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) publie un communiqué, annonçant l’arrestation de sept migrants subsahariens accusés d’avoir mis le feu « de façon délibérée » à la forêt de Gourougou près de Nador. La version de la DGSN est reprise mot à mot par l’agence MAP, et ensuite, par de nombreux médias nationaux.


Le même communiqué de la DGSN avance que ces migrants auraient mis le feu le 22 juillet, alors que cet incendie s’est déclaré un jour auparavant. D’ailleurs, la protection civile avait annoncé son intervention pour maîtriser le feu le 21 juillet. De facto, le parquet général de Nador n’a pas retenu le chef d’accusation « d’incendie criminel » contre les prévenus. Les sept personnes sont accusées de « séjour illégal » et « d’agression contre agent de l’autorité ». Ils risquent d’être refoulés du territoire.


Le même communiqué de la DGSN annonce que les sept migrants, sont « illégaux ». Encore une fois, cette information manque de précision. Cinq d’entre eux se trouvent dans une situation administrative irrégulière, une sixième personne est un demandeur d’asile enregistré auprès du Haut commissariat aux réfugiés (HCR), et le septième mis en cause est un mineur. Ces deux accusés, sous la protection du Maroc, se trouvent en liberté provisoire.


Y-a-t-il eu des tentatives de franchissement vers Melilla durant l’incendie ?


Selon la version de la DGSN, ces migrants auraient mis le feu délibérément à la forêt près de Melilla « pour détourner l’attention des forces publiques, et faciliter l’opération de franchissement de la clôture grillagée ». Or, les informations fournies par les ONG marocaines et espagnoles, indiquent le contraire. « Aucune tentative de passage vers Melilla n’a été enregistré durant et après l’incendie », confirme Hicham Rachidi, membre du Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (GADEM). « Avant de mener une enquête sérieuse, on jette ces migrants à la vindicte populaire, en pariant sur un sentiment d’hostilité aux migrants, encore très fort dans la région », s’indigne-t-il. Pour sa part, l’AMDH Nador fait état de 23 arrestations, le 22 juillet, près de Farkhna et de Bni Nsar, localités limitrophes de Nador.


En cas de présence du traducteur, l’audience du 16 août permettra d’écouter pour la première fois durant ce procès, la version des premiers concernés, les sept migrants.

Par Salaheddine Lemaizi
Le Desk En clair