InfrastructuresTunnel de Gibraltar : Madrid débloque 1,73 M€ supplémentaires pour poursuivre les études
Le gouvernement espagnol a approuvé une nouvelle dotation budgétaire destinée à poursuivre les études techniques du projet de tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar, infrastructure stratégique envisagée pour relier l’Europe et l’Afrique entre l’Espagne et le Maroc. Pour l’exercice 2026, Madrid a prévu une contribution de 1,73 million d’euros (M €) au profit de la Sociedad Española de Estudios para la Comunicación Fija a través del Estrecho de Gibraltar (Secegsa), l’entreprise publique chargée de coordonner les analyses techniques et scientifiques liées à ce projet transcontinental.
Cette aide financière, inscrite dans les dotations du ministère espagnol des Transports et de la Mobilité durable dirigé par Óscar Puente, vise à soutenir les activités d’étude et de coordination menées par Secegsa autour de cette liaison ferroviaire envisagée entre le sud de l’Espagne et le nord du Maroc. Placée sous la tutelle du ministère et présidée par le général José Luis Goberna Caride, la société publique assure notamment le pilotage des recherches scientifiques, la coordination avec les autorités marocaines ainsi que le suivi des travaux d’ingénierie nécessaires à la définition du projet.
La nouvelle contribution s’inscrit dans un effort financier plus large engagé par Madrid depuis la relance des relations diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc. Selon les données budgétaires associées au plan économique de Secegsa, les financements publics attribués à l’entreprise ont dépassé 9,61 M € depuis 2022. Ce niveau de soutien contraste fortement avec la période antérieure, durant laquelle la société ne percevait qu’environ 50 000 euros par an pour maintenir les études sur cette infrastructure restée longtemps au stade conceptuel.
Le projet de tunnel sous le détroit de Gibraltar figure parmi les initiatives d’infrastructures les plus ambitieuses envisagées entre l’Europe et l’Afrique. L’objectif consiste à établir une liaison ferroviaire fixe reliant les réseaux européens au réseau ferroviaire nord-africain, permettant à terme d’assurer une continuité ferroviaire entre les deux continents. Une telle infrastructure ouvrirait la voie à des connexions directes entre plusieurs villes marocaines et le réseau ferroviaire européen, au-delà de l’Espagne, notamment grâce à l’intégration possible du projet au réseau transeuropéen de transport.
Dans le cadre de cette relance, les autorités espagnoles ont lancé une nouvelle phase d’analyses techniques visant à actualiser les études réalisées lors des décennies précédentes. L’un des volets les plus importants concerne la mise à jour de l’avant-projet du tunnel ferroviaire, mission confiée à l’ingénierie publique Ineco, dont les conclusions sont attendues pour juin 2026. Cette étude doit notamment permettre d’actualiser les paramètres techniques, les coûts estimatifs et les scénarios de tracé de la future liaison, tout en intégrant les nouvelles données géologiques et les exigences contemporaines en matière d’infrastructures ferroviaires.
Les travaux en cours doivent également préparer la conception d’une galerie exploratoire destinée à analyser plus finement les caractéristiques géologiques du détroit de Gibraltar avant toute décision de construction. Cette galerie de reconnaissance constitue une étape clé du projet, car elle permettra d’évaluer avec précision les conditions géotechniques du sous-sol marin et de déterminer la faisabilité technique d’un tunnel ferroviaire reliant les deux rives.
La géologie du détroit demeure en effet l’un des principaux défis scientifiques et techniques du projet. La zone est caractérisée par une structure géologique particulièrement complexe, marquée par des failles actives, des dépôts sédimentaires profonds et une activité sismique notable. Afin de mieux comprendre ces contraintes, l’Espagne et le Maroc ont intensifié leur coopération scientifique autour de campagnes d’analyses sismiques, d’échanges de données géologiques et de nouvelles études géophysiques destinées à affiner la connaissance du terrain.
Les estimations techniques disponibles indiquent que la construction d’une liaison ferroviaire sous le détroit pourrait nécessiter environ dix années de travaux, pour un coût évalué à plusieurs milliards d’euros. Pour la seule partie espagnole du projet, certaines projections avancent un investissement potentiel d’environ 8,5 milliards d’euros (MM €), même si ces chiffres restent provisoires et dépendront des résultats des études actuellement menées.
La relance de ces analyses techniques intervient dans un contexte de rapprochement diplomatique entre Madrid et Rabat, qui a favorisé la reprise de plusieurs projets de coopération stratégique entre les deux pays. Le tunnel sous le détroit de Gibraltar, étudié depuis plusieurs décennies sans jamais dépasser le stade des études préliminaires, pourrait ainsi entrer progressivement dans une nouvelle phase de développement si les analyses techniques et géologiques confirment sa faisabilité.
Dans cette perspective, la conception de la première infrastructure expérimentale – une galerie exploratoire sous le détroit – pourrait faire l’objet d’un appel d’offres dès 2027. Cette étape marquerait le passage du projet d’une phase d’étude conceptuelle vers une phase pré-opérationnelle, permettant d’évaluer plus précisément les coûts, les délais et les méthodes de construction nécessaires à la réalisation de l’une des infrastructures transcontinentales les plus ambitieuses jamais envisagées entre l’Europe et l’Afrique.
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