EP. 5
En cours
GenZ212 : la jeunesse jugée, chronique de procès à Marrakech
« Sais-tu qui sont finalement les vraies victimes ? Ce sont les familles. Surtout les mères. Fais un tour au tribunal, tu comprendras » , glisse, dépité, un membre des forces de l’ordre croisé lors d’une manifestation du mouvement GenZ212 à Marrakech. Quelques jours plus tard, nous voilà au tribunal de première instance, dans le voisinage de Bab Doukkala.
Ce lundi 20 octobre, Marrakech a encore des allures de ville endormie : la veille, ses habitants avaient fêté jusqu’au petit matin le sacre mondial des Lionceaux de l’Atlas. Mais dans les couloirs du tribunal, l’euphorie s’est déjà dissipée. L’atmosphère est lourde, les visages fermés. La salle 2 concentre tous les « drames ordinaires » : des homicides involontaires, des agressions, des vols ou encore des affaires de drogue. Mais si nous sommes sur place, c’est pour suivre les procès liés aux « émeutes ».
Comme nous l’avions rapporté, Marrakech a connu trois nuits d’affrontements entre forces de l’ordre et émeutiers à partir du 1er octobre, lorsque le quartier de Sidi Youssef Ben Ali s’était embrasé. Les incidents avaient même débordé jusqu’à la vallée de l’Ourika, dans la périphérie lointaine de la ville ocre.
Ce matin, il n’est que 9h30, mais la salle est déjà bondée. Devant la porte, des familles, des mères surtout, attendent des nouvelles de leurs fils. Aucune information ne filtre, sinon que les audiences liées aux incidents sont reportées à 13h00. Postés devant l’entrée, des policiers en uniforme blanc tentent de repousser la foule, déployant parfois un zeste de violence, avant de se raviser. En vain, au sein de l’attroupement devant la porte de la salle, personne n’a l’intention de quitter les lieux.
Venu d’Ourika pour soutenir son neveu, un homme nous assure : « Ils n’ont rien fait ! ». Une phrase qu’on entendra à plusieurs reprises ce jour-là. En attendant le passage des leurs devant le juge, les familles assistent, silencieuses, au défilé d’autres affaires : tentative de meurtre, trafic de drogue, vol qualifié…
« Tu dis que tu es innocent, alors qu’on a trouvé sur toi 50 grammes de cocaïne. Tu en vends ? Ah d’accord, c’était juste pour les garder et rendre un service à un ami ? », lance le juge, sur un ton moqueur, à un jeune prévenu.
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