EP. 3
En cours
Pharmacies : les détails du plan Rahhou
Depuis janvier, le Conseil de la concurrence a ouvert une séquence institutionnelle sans précédent autour de la distribution pharmaceutique au Maroc. À travers deux avis préliminaires détaillés, consultés par Le Desk, présentés aux professionnels lors de réunions organisées fin janvier et le 16 février, puis évoqués dans leurs grandes lignes dans un courrier adressé à la Confédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (CNSPM), l’institution présidée par Ahmed Rahhou pose un diagnostic sévère sur un modèle qu’elle estime structurellement à bout de souffle. Elle esquisse les jalons d’une réforme progressive dont certaines orientations – au premier rang desquelles figure l’ouverture du capital des officines – ont aussitôt suscité une vive levée de boucliers parmi les représentants de la profession.
Un marché dense, fragmenté et économiquement fragilisé
Le point de départ de la réflexion du Conseil est démographique et statistique. Entre 2015 et 2024, le nombre de pharmacies au Maroc est passé de 9 185 à 14 134 unités, soit une hausse de plus de 54 % en 9 ans, sur une période où la population nationale n'a progressé que d'environ 8 %, passant de 33,8 à 36,8 millions d'habitants. Le ratio d'habitants par pharmacie s'est donc contracté de 3 701 en 2015 à 2 605 en 2024, plaçant le pays à un niveau de densité officinale environ deux fois supérieur à la recommandation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise une pharmacie pour 5 000 habitants.
Cette expansion est directement corrélée à l'explosion du nombre de diplômés en pharmacie : 297 nouveaux diplômés en 2016, 910 en 2024, soit une hausse de 206 % en 8 ans, avec une corrélation statistique évaluée à 0,91 entre la croissance du nombre de diplômés et celle du nombre d'officines. Autrement dit, l'ouverture d'une pharmacie est devenue quasi automatique à l'issue d'un diplôme, indépendamment des besoins réels du territoire. 60 % de ces diplômés ont été formés à l'étranger. La répartition géographique des officines reste par ailleurs très inégale : environ 45 % d'entre elles sont concentrées dans les seules régions Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, générant une intensification de la concurrence en milieu urbain tandis que certaines zones rurales restent sous-dotées.
Le résultat de cette densification est une fragmentation du marché dont les conséquences économiques sont mesurables. Le chiffre d'affaires global du secteur est certes passé de 11,12 milliards de dirhams (MMDH) en 2016 à 15,53 MMDH en 2024, mais les revenus professionnels des pharmaciens – c'est-à-dire les marges réellement perçues – ont évolué de manière beaucoup plus limitée, passant de 1,16 à 1,21 MMDH sur la même période. Le ratio de rentabilité professionnelle sur chiffre d'affaires a reculé de 10,3 % à 8,9 %, traduisant une érosion continue des marges individuelles dans un contexte de saturation du marché. La marge annuelle moyenne par officine ne dépasserait pas 640 000 dirhams, un niveau jugé insuffisant pour absorber les charges, financer la modernisation et garantir la pérennité des structures.
Ce phénomène est aggravé par la structure même du modèle de rémunération : les pharmacies perçoivent une marge proportionnelle au prix fabricant hors taxe. Toute baisse de prix entraîne donc mécaniquement une diminution des revenus unitaires, sans compensation structurelle. Or, 85 % des révisions tarifaires ont concerné la tranche T1, qui représente environ 82 % du chiffre d'affaires global, rendant l'ensemble du secteur particulièrement sensible à chaque décision de politique tarifaire.
Abonnez-vous pour continuer la lecture
à partir de 40 dh par mois
(facturé annuellement)
Choisir une offre

